CHAPITRE DEUXIÈME
on le disait; le confident de Gustave III, Taube, écrivait à Fersen que « sa propre sœur serait lapremière victime de ce maudit Florentin (Léopold), s'il y voyait quelque avantage à gagner ' ». Le roi de Suède lui-méme,qui savait quelareines'était plaintede lui à cause de quelques secours d'hommes et d'argent envoyés aux princes émigrés', Taccusait de sacrifier à des rancunes de femme les intérêts de sa maison ; Fersen de son côté dut calmer l'irritation de la reine contre Gustave en lui rappelant le dévouement de son roi : « Sa conduite dans toutes vos affaires mérite votre reconnaissance; si tous s'étaient conduits comme lui, vous ne seriez pas dans l'état où vous êtes». '
Cette guerre à laquelle, si Ton en excepte Gustave III, personne n'était préparé, les Jacobins eux-mêmes ne la voulaient pas encore. Dans leur club Robespierre prononça contre elle, le 18 décembre 1791 et le 2 janvier 1792, deux grands discours ; Marat, dans Y Ami du Peuple^ dénonça ceux qui se constituaient ses avocats ; Danton lui-même en montrait alors les immenses dangers, et Camille Desmoulins dirigeait contre Brissot de mordants pamphlets. Ce que craignsdent tous ces porte-drapeaux de la démagogie^ ce n'était pas, comme les Feuillants, la défaite, mais la
* Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France, I, 226.
* • Arneth, Marie- Antoinette, Joseph II et Léopold H. Correspondance, 226.
^ Klinckowstrôm» Le comte de Fersen et la cour de France f 1,202.
Tictoire ; Robespierre 1* avoua sans détour, et la presse à sa dévotion exploita Faveu. ^ On ne pouvait créer des armées sans rétablir la discipline, et la discipline était un redoutable instrument de pouvoir. Si le roi, qui ne voulait pas la guerre, cédait enfin à la pression exercée sur lui et la déclarait quand même, il avait, en cas de défaite, des troupes à opposer à la sédition ; si, au contraire, le succès couronnait les armes françaises, le reflet de leur gloire tombait sur une monarchie affermie. Brissot, qui avait accaparé le maniement des affaires étrangères, et avec lui un petit groupe d'amis et de partisans, résistèrent à ces arguments. Avant tout et d'abord la guerre pour renverser la Constitution, répétaient-ils, et ils se portaient garants que la monarchie n'en recueillerait pas les fruits. « C'est l'abolition de la royauté que j'avais en vue en faisant la guerre », assure Brissot. c< Nous cherchions dans la guerre une occasion de tendre des pièges au roi, pour manifester sa mauvaise foi et ses liaisons avec les princes étrangers ». Et encore : « On nous opposait sans cesse la Constitution. Or, la Constitution ne pouvait tomber que par une guerre ». ' Du moment où les Girondins étaient libres de toute cette épreuve, les chances étaient contre le roi. La guerre, qui selon l'un d'entre eux,
* Hamel, Histoire de Robespierre^ II, 47 et sqq., 58 et aqq. — Prudhomme, RévoliUions de Paris^ particulièrement les n« 128 et 130. — Marat, UAmi du Peuple, 1" décembre
' Brissot, A tous les républicains de France, 4 octobre 1793, et Adresse à mes Constituants, ^ La Fayette, Mémoires^ I, 442.