CHAPITRE DEUXIÈME
Isnard, devait être « une croisade des peuples contre les rois, des amis de la liberté contre les tyrans », cette guerre, sans doute, ne pouvait profiter à la monarchie de Louis XVI.
Le 22 novembre, le comité diplomatique de la Législative demanda, sur un ton encore modéré, au pouvoir exécutif, de s'opposer à la concentration de quatre mille émigrés dans les électorats du Rhin ; Koch^ député alsacien de la droite et ancien profes* seur de Narbonne, avait pris Tinitiative de la proposition. Six jours après, Robespierre affirma à la tribune des Jacobins que ce n'était pas au roi, mais à la nation, à déclarer la guerre. Le 29, Isnard, dans une philippique passionnée où le tempérament méridional s'alliait au tempérament révolutionnaire, menaça tous les princes étrangers d'une guerre de propagande en faveur de la liberté ; il attaqua les émigrés, puis les ministres du roi accusés de s'entendre avec eux.Le même soir, Vaublanc, amide La Fayette, présenta au souverain une adresse de l'Assemblée réclamant Téloignement des émigrés de la frontière et la suspension de leurs préparatifs, le règlementdelasi* , tuation de ceux des princes allemands qui étaient propriétaires en Alsace, la réorganisation du service diplomatique et enfin le rassemblement d*une armée à la frontière, afin d'exiger,s'il le fallait,les armesà la main, ce qu'on n'aurait pas obtenu par les négociations.
L'œuvre de ce mémorable 29 novembre n'était point encore complète. De ce jour date la décision par laquelle l'Assemblée, passant de la persécution
silencieuse à la persécution ouverte, décréta contre tous les prêtres insermentés la destitution, la privation du traitement et enfin le bannissement,bien qu'il y eût un an à peine c[ue ce traitement leur eût été accordé en compensation de la confiscation des biens ecclésiastiques.
Le roi, atteint au plus profond de sa conscience et placé devant l'alternative d'un conflit,d'un côté avec ses convictions, de l'autre avec l'Assemblée ou avec l'Europe, se vit, comme par le passé, obsédé de conseils contradictoires.
Montmorin, que des attaques continues avaient forcé, dès le 21 novembre, à quitter le ministère, vint se jeter aux pieds de la reine en la conjurant de résister à tout prix, plutôt que de se laisser entraîner dans Tabime avec les siens. ^ Malouet, consulté à son tour, fut d'avis que la famille royale devait sans délai quitter Paris et chercher ailleurs^ à Fontainebleau peut-être, un refuge contre Tinsurrection qui pouvait éclater d'un instant à l'autre. De Lessart, ami de Necker et successeur de Montmorin, représentait dans le conseil officiel du roi la politique des Feuillants, qui comptait sur l'appui de la reine.
Mais les Feuillants n'étaient pas à eux seuls la droite. La divergence de vues sur les questions extérieures qui séparait Robespierre de Brissot, séparait également les constitutionnels delà couleur du triumvirat Duport-Lameth-Barnave d'avec les partisans de La Fayette. En matière de politique intérieure, leur
* * Sybel, Histoire de V Europe pendant la Révolution française, I, 302.