‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 45 sur 280 · CHAPITRE DEUXIÈME gS · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME gS

« Laissez ! », dit la grande dame à sa suite qui voulût la défendre ; « pour subir ce genre de châtiment il vaut mieux être seul ». * L'héroïne de cette aventure» que Morris ne nomme pas, était M"'*' de Coigny.

Par ses relations avec Condorcet, Narbonne entra directement eri rapports avec les chefs de la Législative. Le philosophe n'avait pas regardé comme an-dessous de sa dignité de se transformer en pamphlétaire et de persifler la monarchie dans la Lettre iTun jeune mécanicien^ qui promettait de construire, pour une faible somme, un roi constitutionnel modèle. Sur l'initiative de sa femme, Condorcet ménagea entre Brissot et Narbonne un rapprochement qui eut pour conséquence d'établir entre eux une entente provisoire.

Restait l'assentiment indispensable de la cour.

Pour celui de la reine, il n'y fallait pas songer. Malouet raconte comment lui, dont la fidélité était éprouvée, perdit alors la confiance de la souveraine pour avoir entretenu de simples relations avec les constitutionnels, et surtout pour avoir recommandé leur programme comme une dernière ressource offerte à la monarchie. ' Ce qui maintenant achevait de l'indisposer, c'est que la candidature de Narbonne lui apparaissait surtout comme une intrigue dont les fils, ainsi qu'elle l'écrivait à Fersen, partaient du salon deM- de Staël. '

* Jared Sparks, Gouverneur Morris ^ II, 148. » Malouet, Mémoires, JI, 123-126.

' Kliackowatrôm, Le comte de Fersen et la cour de FrancCy I, 211.

Marie-Antoinette ne se trompait pas. Il faut combler dans les Considérations une lacune relative à la participation directe de M"* de Staël à ces événements.

Tandis qu'on attendait de jour en jour aux Tuileries le rappel de l'ambassadeur de Gustave III, ^ M. de Staël et sa femme voyaient dansTintimité Narbonne et Talleyrand, Beaumetz, Chapelier, le prince de Broglie, Choiseul, Ségur, tous les chefs de la droite constitutionnelle, et avec eux la jeune garde, prêts à tirer l'épée pour leur cause. A mesure que se fermaient l'un après l'autre les hôtels de la noblesse française et que leurs possesseurs allaient demander la sécurité à l'Angleterre ou préparer la revanche sur les bords du Rhin, l'ambassade de Suède gagnait en importance comme centre social. M*"* de Staël donnait des dîners de « coalition » , où Morris rencontrait, en dehors des hôtes habituels, Alexandre de Lameth, Malouet et de La Marck, et où, dès le mois d'octobre, Narbonne avait été désigné pour le ministère des affaires étrangères ou celui de la guerre. * Mais on n'avait pas encore réussi à vaincre l'antipathie des Feuillants pour le candidat des constitutionnels, et le portefeuille des affaires étrangères fut donné, nous l'avons dit, uon pas à Narbonne, mais à l'ancien ministre de Tintérieur, de Lessart. On le remplaça dans ce département par l'avocat Cahier de Gerville, constitutionnel avancé et hostile à

* Klinckowstrom, Le comte de Fersen et la cour de France, h 222,227,231.

* Jared Spark8, Gouverneur Morris, I, 363, II, 159.

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