‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 48 sur 280 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

s'agissait, en effet, ou de traîner en longueur, par des négociations avec les puissances, puis d'empêcher, si faire se pouvait, cette guerre qu'on préparait en apparence ; c est ce que voulait De Lessart. Ou bien, conformément à la manière de voir de Narbonne et de ses amis, il fallait la localiser en dispersant la coalition et en marchant contre l'Autriche, si toutefois Ton parvenait à vaincre l'obstination pacifique de l'empereur. Ce fut en vue de cette seconde éventualité que l'on envoya Dumouriez comme agept secret en Belgique, où, toujours d'après le plan favori de La Fayette, il s'agissait d'exalter le sentiment national et de s'en faire une arme contre l'Autriche. Ensuite Biron, et, à titre officiel, l'adroit et expérimenté Ségur, furent envoyés à Berlin pour essayer de détourner le roi par la persuasion et son entourage par la corruption, s'il le fallait, de leur projet de croisade contre la France révolutionnaire. ' Talleyrand qui, en sa qualité d'ancien membre de la Constituante, ne pouvait occuper de situation officielle avant un délai de deux ans, se rendit également à Londres avec Biron, mais seulement en mission confidentielle, afin d'obtenir du cabinet anglais ou, si Pitt n'y souscrivait pas, de l'opposition, une promesse formelle de neutralité en cas de guerre.

Mais la plus curieuse de ces missions, celle qui fut une sorte de prologue à des projets eucore bien plus aventureux, échut à un jeune homme de vingttrois ans, fils du général républicain Custine, le vaiu-

' Michaud, Histoire de Talleyrand, 20.

queur de Mayence. On l'envoya à Brunswick offrir le rang et la dignité de généralissime des armées françaises au prince que son éloignement connu pour r Autriche, ses liens de parenté et ses relations militaires avec le grand Frédéric, ses sympathies pour ]a France et pour la philosophie, avaient rendu populaire au-delà du Rhin et acceptable à la Gironde ellemême, et que son renom désignait comme le futur généra] de la coalition. ^

11 y avait quelque chose de particulièrement séduisant dans Tespoir de priver ainsi l'ennemi de son plus grand homme de guerre, et bien des motifs venaient appuyer ce dessein. Le nom de Brunswick qui, associé à ceux de Pitt et de Cobourg, servit pendant les dix années suivantes de mot de ralliement à la haine révolutionnaire contre le vieil ordre européen, était prononcé, avant 1789, avec des sentiments tout différents. Dans ce Léopold de Brunswick, neveu de Frédéric II et frère de la duchesse Amélie de Saxe- Weimar, qui, le 27 avril 1785. avait trouvé la mort dans les flots de TOder en s'écriant, à ce que l'on raconte : (( Je suis un homme comme vous tous, et il s* agit de sauver un homme ! » , le dix -huitième siècle

* * Giptanner, Annales politiques^ II, 242. — Mallet du Pan, Mémoires, I, 259. — La Fayette, Mémoires, VI, 445. — Lamartine, Histoire des Girondinr, I, 350. — Louis Blanc, Histoire de la Révolution^ VI, 249. — * Sybel, Histoire de l'Europe pendant la Révolut'.on française ^ I, 305. — Sorel, Mission de Custine à Brunswick en 1792 d* après des documents inédits. Revue historique, janvier-mars 1876. — Bacourt. Correspondance entre Mirabeau et de La- Marck^ III,

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