CHAPITRE DEUXIEME lOI
reconnaissait, à la veille même de la Révolution, son idéal de rhomme et du prince, « Tètre sensible » pour lequel il s'enthousiasmait, que sa philosophie voulait placer sur tous les trônes, rencontrer dans chaque cabane. Depuis Euloge Schneider, le futur Jacobin, qui, étant moine, débuta par un éloge poétique du pieux protestant, jusqu'à Goethe lui-même, la poésie allemande accumula les hommages et les regrets sur sa tombe prématurément ouverte. Le tribut de Goethe se trouve dans la première de ses « épîgrammes » imitées du grec:
ft II s'est emparé violemment de toi, Tantique dieu du fleuve ; — il te garde et partage avec toi, pour toujours, son humide empire. — Tu sommeilles tranquillement, au munnure plus calme de l'urne, — jusqu'au moment où le flot impétueux te réveillera pour de nouveaux exploits. — Reste secourable au peuple ainsi que tu voulus l'être ici-bas, — et achève comme Dieu ce qu'il ne te fut pas accordé de faire en tant qu'homme » .
Dans Johanna Sebus^ le grand poète a célébré une fois encore l'action héroïque que la voix du peuple attribuait au jeune prince.
L'étranger ne resta pas en arrière de ces hommages. L'Académie française, qui avait coutume de célébrer, le 25 août de chaque année, la mémoire de saint Louis, remplaça en 1785 ce héros d'une époque o de superstition » par le prince allemand, dont l'éloge fut prononcé, selon la coutume, à Ver-
sailles et du haut de la chaire chrétienne. En mèine temps le comte d'Artois attribua à la meilleure pièce de vers écrite en son honneur un prix qui tenta vainement l'émulation de cent cinquante poètes. Après que Marmontel, secrétaire de l'Académie^ eut publié ses propres vers sur Léopold sans réussir davantage, il parut un autre poème de Marie -Joseph Chénier qui, au lieu d'écrire pour l'Académie, s'adressait à la nation tout entière et préludait à son drame révolutionnaire de Charles IX par des vers dont les suppressions de la censure achevèrent de faire le succès. *
Cet épisode si souvent célébré, et répandu en Allemagne surtout par toute une littérature populaire, ^ devait avoir un épilogue assez étrange. On avait reproché à Frédéric II comme un manque de cœur la lettre qu'il adressa au général commandant à Francfort, pour obtenir de lui des détails exacts sur la mort de son neveu, dont « les idées exaltées faisaient soupçonner qu'il avait couru lui-même à sa perte ». Et cependant le vieux roi avait raison. Le jour où il périt, le prince Léopold n'avait sauvé ni pu sauver personne, pour la simple raison que ce jour-là il n*y eut pas d'autre vie humaine en danger que la sienne. Après une existence consacrée au service de l'humanité souffrante et riche en nobles actions, il était tombé victime de la folle audace avec
* * M. Bernays, Le duc Léovold de Brunswick, Allgemeine Zeituny, supplémeol du 29 septembre et du 2 octobre
" * Becker, PeLil livre nécessaire.