‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 5 sur 280 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

râDt du Palais-Royal, où se rencontraient Rivarol aîné, Mirabeau-Tonneau, le frère et l'adversaire du grand orateur, ainsi surnommé à cause de son énorme corpulence, Charopcenetz, le collaborateur en titre de Rivarol, et Suleau^ le publiciste le plus hardi de la presse royaliste. C'est là qu'on disait de Mirabeau que pour de l'argent il était capable de tout, même d'une bonne action ; qu'il ressemblait à sa réputation, puisqu'il était affreux. Peltier célébrait Talleyrand dans ces vers impitoyables :

Froidement du mépris il affronte les traits,

Il conseille le rapt, enseigne le parjurn,

Et sème la discorde en annonçant la paix.

Sans cesse on nous redit qu'il ne peut rien produire

Et que de son discours il n'est que le lecteur ;

Mais ce qu'un autre écrit, c'est lui seul qui l'inspire,

Et Ton ne peut du moins méconnatlre son cœur ^

Deux ans plus tard, Rivarol devait trouver un trait qui surpassait les autres. Après l'exécution d'André €hénier, il nomma son frère Marie- Joseph : le frère & A bel Chénier.

Après cette c< histoire apostolique » , l'infatigable rédacteur publia le Journal politique national, qui attaquait la Révolution bien plus qu'il ne défendait la monarchie ; • puis, en février 1790, la Galerie des Etats- Généraux fut suivie du Petit dictionnaire des grands hommes de la Révolution^ par un citoyen actifs ci-devant rien, que Grimin nomme un modèle de

* L. G. Michaud, Talleyrand, iS.

* De Lescure, Rivarol, 194. — * Lotheisseo, La littérature et la société en France soin la Réootution, 84-85.

persiflage et d'impertinence. * Ce pamphlet débutait par une « Epttre dédicatoire à S. E. madame la ba* ronne de Staël, ambassadrice de Suède auprès de la Nation », qui commençait ainsi : a Madame, publier le Dictionnaire des grands hommes du jour, c'est vous offrir la liste de vos adorateurs ». 11 y avait à peine un an que Tunique reproche adressé par Rivarol à la jeune femme était celui d'une pruderie exagérée ; maintenant il portait ses attaques sur un autre terrain et inaugurait le ton que la presse du Consulat et celle de l'Empire devait encore dépasser. Non point par égard envers la femme, mais par amitié envers celui que le monde, avide de scandales, associait déjà à son nom^ Rivarol laissa cette fois à d'autres le soin d'en dire davantage. 11 circulait alors à Paris une de ces soi-disant correspondances secrètes qui se proposaient de faire connaître à la haute société européenne les bavardages et les nouvelles de la capitale. Le 29 janvier 1791, cette correspondance signala le retour à Paris de l'ambassadrice de Suède, en ajoutant en marge que Tex-évêque d'Autun (Talleyrand avait vu son évêché supprimé lors de la nouvelle répartition des diocèses français, à la suite de la constitution civile du clergé), le comte de Ségur, ancien ambassadeur à Saint-Pétersbourg, et enfin le vicomte de Narbonne, lui faisaient assidûment la cx)ur, et que ce dernier était l'heureux privilégié. ' A la

* Grimm, Correspondance liUéraire^ XVï, 79, septembre

' KlinckowBtrom^ Le comte de Fersen et la cour de France^ I, 211.

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