CHAPITRE PREMIER I I
même époque, Simolin, ambassadeur de CatherÎDe II à Paris, écrivait de son côté que Nar bonne avait eu longtemps de l'inclination pour M°*« de Staèl, mais que celle-ci lui avait préféré Talleyrand. *
En ce qui concernait ce dernier bruit, chacun savait que Talleyrand, après une chaleureuse amitié pour la comtesse de Buflfon, avait formé une liaison intime avec M"« de Flahaut, qui habitait le Louvre ainsi que son mari, et qui, pour ne plus être importunée constamment par la politique, qu'elle abhorrait, s'était tournée vers la littérature. Talleyrand s'éprit d'une telle affection pour la jeune comtesse, que dès 1791, croyant sa vie menacée à la suite des troubles que suscita la question ecclésiastique, il l'institua son héritière. *
Quant au comte de Ségur, il avait, depuis son rappel de Saint Pétersbourg, pris une part plus ou moins graude aux agitations politiques et aux intrigues du jour, et Mirabeau le mentionne fréquemment dans sa correspondance. Par ses idées il appartenait aux monarchistes constitutionnels de 1791 ; jusqu'à la veille de la Révolution il avait joui, à titre d'homme du monde spirituel et d'aimable poète de circonstance, de la faveur marquée de l'impératrice de Russie. Parfaitement accueilli dans la société parisienne, on le voyait souvent à l'ambassade de Suède.
Restait Narbonne. Dès l'été de 1789, Gouverneur
* Jared Sparks, Gouverneur Morris^ I, 354. — Saiote- Beuve, Portraits de femmes : M^^ de Flaliault ; Nouveaux Lundis^ Xn : Talleyrand.
' Jared Sparks, Gouverneur Morris, I, 354.
Morris désigne nettement le jeune et brillant officier comme « Tami de H""* de Staël ».^ L'homme qui, elle Tavouait plus tard, lui avait idspiré des sentiments plus tendres que ceux de l'amitié, n'était pas un personnage ordinaire. Son histoire, telle qu'on se la racontait à Paris, remontait au temps de Louis XY. Dans l'atmosphère empoisonnée qui entourait le monarque vieillissant, ce n'était plus à lui seul que s'adressait le soupçon de n'avoir pas épuisé la mesure du scandale par ce qui s'étalait ouvertement aux regards de tous. La correspondance de Mercy avec Marie-Thérèse laisse juger l'étendue du mal, en donnant à entendre jusqu'à quelles personnalités remontait ce soupçon. Sans doute, Mercy repousse comme des calomnies les plus graves d'entre les bruits qui circulaient sur les filles de Louis XY et même sur leur père ; mais ce qu'il en accepte est déjà suffisant. Dans l'intérêt de la Dauphine, dont l'extrême jeunesse éveillait ses inquiétudes, l'impératrice s'était informée du fondement réel de tous ces bruits et elle avait demandé à Hercy de soustraire sa fille à Tinfluence des princesses, parce que, disait Marie- Thérèse, elles n'avaient su s'attirer ni Tafrection ni le respect. L'ambassadeur commença par rassurer sa souveraine sur la crainte qu'elle avait de voir, grâce à Tinitiative de Madame Adélaïde et de sa dame d'honneur, M""* de Narbonne, un rapprochement s'opérer entre la jeune Dauphine et la Du Barry. Quant au reste, il ne cherchait pas à atténuer la gravité des propos
* Michelet a répété le mot dans les Femmes de la Réoolution : Af"« de Staël,