CHAPITRE DEUXIEME IO
plément de vingt millions en espèces réclamé par lui. Le seul malheur, répétait Brissotau cours des débats, serait de ne pas avoir la guerre. Robespierre répliqua du haut de la tribune des Jacobins qu'il ne fallait pas que la guerre contre l'ennemi fût dirigée par Tenuemi lui-même^ et que ce n'était pas à Coblentz, mais à l'ombre du trône et sur ce trône même, que se trouvaient les adversaires les plus dangereux. « Tant mieux ! », répondit à son tour Bris^ot, « car ce qu'il BOUS faut avant tout, c'est la preuve de la trahison ». Le 1" janvier,rAssemblée se rangea à son avis en faisant de ce chef le procès aux deux frères du roi et à Galonné. Des rangs de la Gironde, que l'on appepelait de ce nom depuis le mois de janvier, Isnard demanda hautement que les vrais patriotes déclarassent la guerre aux modérés, ces ennemis de la libertf^ et de l'égalité. Et l'anéantissement ourétacblissement de l'égalité constituait selon lui le nœud même de la situation. Condorcet adressa à l'Europe un manifeste qui rappelait que la guerre était dirigée contre les princes, dans l'intérêt des peuples; on ferait lapm le jour où la liberté et l'égalité seraient assurées. Isnard mdiqua Téchafaud comme l'endroit qui attendait les traîtres. Cette menace visait La Fayette et les ministres ; l'orateur girondin ne soupçonnait pas qu'un autre, dans son âme haineuse, la tenait prête déjà contre lui et contre ses amis. Pour Robespierre, en effet, ce prophète désigné du Contrat social, la rivalité imprévue de la Gironde était un crime impardonnable contre Tespritmême delà Révolution, crime que la mort seule pouvait expier. Dans l'intervalle.
Tempereur Léopold, qu'on voulait contraindre à la guerre, restdt obstinément attaché à la paix au milieu des provocations les plus blessantes. Sans doute, il déclarait que la violation de la frontière constituerait un cas de guerre, mais il ordonnait en même temps à rélecteur de Trêves de désarmer et d'expulser les émigrés ; à cette condition seule, qui répondait d'ailleurs à la manière de voir de l'électeur, il lui assurait sa protection.
La Gironde déçue se livra à de nouvelles provocations. Gensonné prît Tinitiative d'une décision en vertu de laquelle r Assemblée demandait à l'empereur de déclarer qui! ne préméditait pas d'attaque contre la Constitution française et Tindépendance de la nation ; Guadet, président de l'Assemblée, taxait d'infamie tout Français engagé dans ces négociations et d'avance l'accusait de trahison envers la patrie. Brissot alla plus loin et trouva que l'empereur, qui avait rompu le traité d'alliance de 1756 et noué des rapports avec d'autres puissances, était déjà en hostilités ouvertes avec la nation française. L'évêque constitutionnel Fauchet, plus sincère, réclama l'anéantissement de tous les traités. Le 9 février, tandis qu'on incendiait de tous côtés les châteaux des «traîtres N , l'Assemblée ordonna la mise en séquestre des biens des émigrés. Après des tentatives inutiles pour faire retirer cette mesure, le roi dut sanctionner ce décret ainsi que celui qui accordait à l'empereur jusqu'à la date du 1" mars pour faire les déclarations demandées. Son refus et même son silence devaient amener la guerre.
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C'en était fait de la politique des Feuillants et de leurs représentants au ministère, politique basée sur l'entçnte avec lui. Il s'agissait maintenant de savoir si la politique opposée, qui voulait la rupture avec T Autriche,pourrait être adoptée par La Fayette et Narbonne.
Les deux pivots de leur diplomatie étaient à Londres et à Berlin. Talleyrand, à qui l'on avait confié les négociations avec l'Angleterre, avait^ à côté des raisons politiques, des motifs personnels pressants pour les faire réussir. Il avait décliné Toffre de devenir archevêque constitutionnel de Paris et répondu à l'excommunication fulminée contre lui en 1791 en quittant r Eglise catholique. Le poste d'ambassadeur à Londres était le but de son ambition, et il était de son intérêt le plus immédiat d^envoyer à Paris des détails aussi favorables que possible sur sa mission. Il ne fallait pas, vu la disposition d'esprit de Georges 111, compter sur une alliance ; en outre, la tentative faite par Talleyrand pour se rapprocher de l'opposition, afin de renverser le ministère, pouvait d'autant moins réussir, que l'arrestation de Biron pour dettes et la réputation de Talleyrand n'étaient point faites pour recommander les deux négociateurs à la société anglaise. Cependant, à la suite de ses conversations avec Grenville et avec son ancien ami fttt, Talleyrand se crut autorisé à assurer au ministère la neutralité de l'Angleterre, même en cas d'attaque de la Belgique, * et il réussit, cela est certain, à fortifier assez
* Sorel, L'Europe et la Révolution française, II, 391-392,