CHAPITRE DEUXIEME 1 I I
ville D^avait jamais cessé de lui faire une opposition sourde. Le ministre de Tintérieur, Cahier de Gerville, était regardé par la cour comme une sorte d'agent des Jacobins chargé de surveiller ses collègues. De Lessart n'attendait qu'une défaite pour se débarrasser du ministre de la guerre qu'on lui avait imposé. ' La cour lisait dans les rapports et les discours de Narbonne « le contraire de la vérité. » '
Vers le milieu de février, Fersen vint à Paris avec de faux passeports et vit le roi et la reine. Gustave lll l'avait chargé de leur soumettre un second projet de fuite ; mais Fersen comprit que la surveillance exercée sur la famille royale rendait l'exécution de ce projet à peu près impossible. De plus, Louis XVI se sentait lié par sa promesse de rester. « Je sais bien «, dit-il à Fersen, « que l'on m'accuse de faiblesse et d'irrésolution ; mais personne encore ne s'est trouvé dans une situation telle que la mienne ». Le 14 juillet, ajouta-t-il, il avait voulu et aurait dû fuir ; mais il avait manqué le moment, parce que Monsieur l'avait supplié de demeurer et que le duc de Broglie lui avait demandé ce qu'ilcomptait faire une fois arrivé à Metz. »
La disposition d*esprit de Marie-Antoinette, sombre et désespérée depuis longtemps, s'augmentait du sentiment de suprême abaissement qui pesait sur la fa«
* Jared Sparks, Gouverneur Morris, II, 165. — Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France^ II, 7.
' Duchesse de Tourzel, Mémoires^ II, 40.
• Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et ta cour de France, II, 6, 177, 179.
mille royale. ^ De Lessart, qui réclamait Tappui de l'emperear pour les constitutionnels, ne lui paraissait pas valoir mieux que Narbonne, qui voulait le pousser à la lutte, tt Le meilleur des deux ne vaut rien du tout» , écrivait-elle à Mercy. * Fersen se tenait encore C8ché à Paris, quand Narbonne rédigea un mémoire au roi qu'il lut dans le conseil des ministres du 24 février, oix il exigeait de Louis XV I un gage sincère et décisif de son entente avec les constitutionnels. Le parti monarchique, y était-il dit, est encore beaucoup plus fort que le parti républicain : il triomphera si le roi se sépare des aristocrates et dément ainsi l'imputation calomnieuse que lui aussi cherche le salut dans Texcès du mal. Ce salut est bien plutôt dans l'alliance avec la bourgeoisie, qui se borne à vouloir conserver ce qu'elle a gagné et désire le maintien de Tordre. Leroidevait accéder à ces vœux d'abord en exécutant la promesse, faite depuis un an, de réformer sa cour et sa maison militaire selon les principes de l'égalité et de façon à prouver que l'attachement à la Révolution n'est pas un crime àses yeux; ensuite en confiant l'héritier de la couronne à un précepteur qui rélève dans les principes constitutionnels (Narbonne ne disait pas qu'il avait en vue Condorcet). Si le roi ne voulait pas gouverner ou tout au moins se servir des moyens de gouvernement dont il disposait encore, il forcerait ses partisans à tourner ailleurs leurs espé-
* KUnckowatrom, Le comte de Fergen et la cour de France, II, 167.
• * Arneth, Marie- Antoinette^ Joseph U et Lëopold IL Correspondance, 246.