CHAPITRE DEUXIÈME
rances. ^ Ce mémoire qui, au milieu des conflits de 1792, ouvre comme une première perspective de la monarchie de 1830, conclut en disant que ce qu'en toute situation il faut sauver avant tout, c'est le caractère. Sous une forme un peu dilTérente, cette idée reviendra souvent chez M""* de Staël : <c llfaut,ditelle, tant qu'on vit, soutenir la couleur de sa vie ». * C'est elle également, c'est son bon sens . pratique en politique,qui a inspiré cet autre axiome : que la règle de conduite dont il ne faut jamais se départir en politique, c'est de se rallier toujours au parti le moins mauvais parmi ses adversaires, lors même que ce parti est encore loin de votre propre manière de voir.^ Elle a écrit plus tard, en parlant de cette époque, que si alors les puissances avaient solennellement garanti rindépendance de la ^France et s'étaient engagées à protéger Tordre et la propriété, la monarchie eût été sauvée. *
Le cours des événements épargna cette fois à Louis XVI la responsabilité de l'avortement d'un projet qui tendait à le laver du soupçon d'être le roi de caste d'une aristocratie, en faisant de lui un roi constitua ûonnel du Tiers .
^ Rapport de Narbonne^ ministre de la guerre, au roi, lu aa conseil, le 24 février 1792, publié par Rœderer, Œuvres^ III, 252-254. — Lanfrey, Essai sur la Révolution française,
• De Gérando, Lettres inédites et souvenirs biographiques de JV"» Récamier et de ^f«« de Staël, 65.
» M»« de Staël, Considérations, XIII, 152.
♦ M™« de Staël, Réflexions sur la paix adressées à M. Pitt et aux Français.
Ce projet vint trop tard et quand déjà la couche sociale sur laquelle devait s'appuyer le trône était ébranlée à son tour. L'aspiration vers la liberté était devenue une lutte pour l'égalité, et cette lutte ne tarda pas à prendre le caractère d'une attaque contre la propriété. La troisième phase de la RévoluUon, la phase socialiste, allait commencer.
Tous les calculs de la prudence politique vinrent échouer contre les sophismes de son dogme niveleur. La parole vive, éloquente, pleine de confiance de Narbonne, avait été bien accueillie par l'Assemblée tant qu elle la crut utile à ses intérêts ; dès qu'elle eut cessé de le croire, il ne parvint plus à se faire écouter d'elle. Le 46 février, il dut lui rappeler (lu'il lui restait à voter vingt et un décrets sans lesquels la réorganisation de l'armée aussi bien que l'armement des troupes était impossible ; ses collègues en attendaient encore quelques centaines. Il entra ouvertement en conflit avec elle, parce qu'elle s'opposait à admettre les volontaires dans les rangs M"* de Staël raconte comment Narbonne, pour avoir dit qu'il en appelait « aux membres les plus distingués » de l'Assemblée, s'était attiré les menaces furieuses des Jacobins, de Merlin, de Bazire, de Chabot, qui lui avaient répliqué que tous les députés du peuple étaient également distingués. * Le ministère tout entier, si profondément divisé dans son ensemble, fut attaqué avec une violence extrême par la gauche réunie, qui ne tint nul compte de cette diversité d'opi-
* M»« de Staël, Considérations, Xlll, 39.