‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 55 sur 280 · CHAPITRE DEUXIÈME I I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME I I

nions. Manuel déclara le moment venu où il fallait qu'un seul mourût pour tous, et donna à entendre que la victime devait être un ministre. L'Assemblée, ajouta-t-il, serait toujours moins coupable que les conseillers du roi, si elle mettait au sort la mort d^un de ceux-ci. Billaut-Varennes imputa à La Fayette les projets d'un César ou d'un Cromwell : il faut, s'écria-t-il, sacrifler un Thrasybule au bien public. * Pétion ne se borna pas à des paroles. La garde nationale qui possédait des armes à feu se composait de citoyens actifs. Il proposa d'armer de piques les citoyens passifs,c'est-à-dire la populace tenue en haleine par la misère, la cherté des vivres et les agitations constantes : Tarmée des sans-culottes se trouvait ainsi prête pour l'émeute.

Quant à une entente entre le ministère et la Gironde, il n'y fallait plus songer. Par contre, il sembla un moment que les provocations de ses adversaires allaient avoir pour résultat de réunir le ministère dans une action commune.

Les mêmes hommes qui avaient fait échouer le plan de révision de Mirabeau y revenaient maintenant. Si l'on réussissait à rallier la masse flottante des députés modérés et à secouer suffisamment la grande majorité des amis de Tordre pour que la dissolution de l'Assemblée fût réclamée par les départements, le roi, loin de Paris et sous une protection sûre, pouvait, à l'aide d'une Assemblée des Notables, esquisser la nouvelle Constitution ou du moins rendre

* Séances du 29 janvier et du 12 février 1792, dans Dareste, Histoire de France, VII, 317.

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viable la Constitution existante. Le premier pas vers la réalisation de ce plan, qui, s'il ne trouva pas dans le ministère un assentiment prompt et absolu, ne se heurta du moins pour le moment à aucun obstacle, fut la proposition du 23 février, aux termes de laquelle trois cents membres de la Législative deman dèrent qu'il fût interdit à tous les députés d'apparrenir aux clubs et à d'autres sociétés politiques ; en tevanche, ils devaient se réunir ensemble librement chaque soir qui ne serait pas occupé par les séances. Cette proposition déchaîna la tempête. Selon lé mot courageux d'André Chénier, c'en était fait de la tyrannie jacobine, si l'on réussissait à briser la chaîne électrique dont elle avait entouré la France. Le député Mouysset, auteur de la proposition, fut contraint de la retker, et chercha aussitôt après à se faire oublier. Il restait toutefois une chance de salut. A l'aide des gardes royales commandées par Narbonne et de quelques milliers de gardes nationaux du Jura sur lesquels on pouvait compter, il était encore possible de mettre le monarque et les siens en sûreté au milieu des camps et d'en appeler de là au pays. Louis XVI devait être sauvé, mais à la condition de donner à Metz, sous la protection de l'épée de La Fayette, l'assentiment royal à une Constitution selon ses vues et à une guerre selon son cœur. * Or le roi, qui quelques Jours aupara-

1 • Fr. Chr. Schloaser, ilJ«e de Slaêl et M^^ Roland. Archives dliistoire et de littérature^ I, 1830. — * Sybel, Histoire de l'Europe ^pendant la Révolution française^ I, 331. — Mallet du Pan, Mémoires et Correspondance, f, 257-259. Ses papiers de famille inédits viennent à Tappui de son témoignage imprimé.

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