CHAPITRE DEUXIEME II
vant s'était refusé à des projets de fuite destinés à loi rendre sa liberté personnelle, ne pouvait envisager comme une délivrance un plan qui l'aurait mis sous la dépendance absolue de La Fayette. Pour l'en dissuader, de Lessart et Bertrand de MoUeville n'eurent pas d*eiror(s à faire. Quand parvint la réponse de l'empereur à la note du 25 janvier, ses conseillers responsables se trouvèrent de nouveau d'un avis complètement opposé. Cette réponse insistait une fois encore sur le caractère pacifique et purement défensif de la politique impériale, opposait le désarmement des émigrés aux incessants préparatifs militaires de la France, mais déclarait devoir maintenir pour le moment Talliancedes puissances,car cette alliance» disait la note, n'était pas dirigée contre la Constitution française, mais contre les provocations de la propagande révolutionnaire française à l'étranger etcontre la situation menaçante faite au roi son allié par la faction jacobine. La majorité raisonnable et paisible du peuple français ne prendrait pas le change à cet égard.
Personne mieux que de Lessart n'était à même de ( onfirmer ces paroles. Devenu, peu de semaines plus lard, prisonnier de la Gironde, il écrivait à son ami Necker -que la partie la plus curieuse de la défense qu'il préparait serait celle où il exposerait ses rapports avec les cours étrangères et fournirait ainsi la preuve irrécusable qu'on ne songeait nullement à faire la guerre à la France, mais que la France au contrabre l'avait déclarée et avait provoqué l'Europe. * Il
* Taine, La Bévolution, II, 131.
Il8 MADAME DE STAËL ET SON TEMPS •
ne soupçonnait point encore qu'il avait affaire à des gens qui se débarrassaient par la mort des témoins qu'ils ne pouvaient réfuter, mais comme ministre il sentait la nécessité de se couvrir par des concessions. Aussi quand, le 1" mars, il lut à l'Assemblée la réponse de l'empereur, iltâchadelaconcilier en ajoutant que le roi, heureux de ces assurances pacifiques, avait déclaré en retour qu'il repoussait comme déplacée et offensante toute critique sur l'attitude des partis en France.
Ces paroles excitèrent les applaudissements ; mais les ministres, qui se prononçaient cette fois encore pour une entente pacifique, ne s'en trouvaient pas moins désormais perdus. Narbonne alors résolut d'entreprendre seul ce qu'il ne pouvait accomplir avec eux, et chercha à se faire nommer par le roi ministre des affaires étrangères. Morris, adversaire déterminé de toute cette politique, n'oublie pas de remarquer que, à côté du terrible dilemine dans lequel se trouvait enserré l'Etat, la situation de ses affaires privées avait également poussé Narbonne à cette résolution extrême. * Le commentaire apporté aux droits de l'homme par les indigènes de Saint-Domingue, conformément au mot célèbre de Robespierre : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe I », avait conduit à la dévastation des plantations et au meurtre de la plus grande partie de leurs propriétaires, et avait en môme temps détruit la fortune de M"** de Narbonne. En outre, les fournisseurs des armées ne voulaient plus se
* Jared Sparks, Gouverneur MorriSy II, 169.