‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 57 sur 280 · CHAPITRE DEUXIEME I I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME I I

contenter comme mode de paiement d^assignats sans valeur, et La Fayette tenait à faire expier aux Feuillants leur refus de lier le sort de la monarchie à celui de ses drapeaux. A son instigation, les trois généraux commandants adressèrent à Narbonne des lettres où, après l'avoir loué de son activité, ils l'assuraient de leur confiance et exprimaient Tespoir de le voir, dans l'intérêt de l'Etat, maintenu au conseil du roi, faute de quoi eux-mêmes seraient contraints de donner leur démission. * Les lettres de ses trois collègues et la présence de ceux-ci dans la capitale avaient pour but de fortifier la situation ministérielle de Narbonne, situation qu'il ne voulait conserver qu'à une condition, Féloignement de Bertrand de MoUeville, adversaire de la Constitution et auquel, par conséquent, il ne pouvait plus rester associé.

Le 6 mars il s'exprima dans ce sens au sein de l'Assemblée. Les généraux, dit-il, réclamaient que la représentation nationale et le ror marchassent d'un commun accord. Quant à la question de paix ou de guerre, l'attitude des puissances étrangères à l'égard de la Constitution en déciderait : la loyauté du monarque garantissait le maintien de celle-ci. A cette déclaration, la Gironde répondit par l'organe du député Gechon, en demandant l'extermination de tous les conspirateurs : il valait mieux, dit celui-ci, servir les peuples que les rois ou leurs ministres. Aux Tuileries on délibérait déjà sur la nécessité du renvoi de Narbonne, quand le Journal de Paris publia les let-

^ Bertrand de MoUeville, Mémoires secrets ^Wy 64.

très que lui avaient adressées La Fayette, Luckner et Rochambeau, et mit ainsi le public au courant de soupçons qui atteignaient plus haut que le ministère.

Le roi, profondément blessé, n'hésita pas davantage, et écrivit le 9 mars à Narbonne qu'il l'avait remplacé par le chevalier de Graves. Mais en même temps il sacrifiait le ministre de la marine, Bertrand de Molleville, aux rancunes de l'Assemblée, tandis que diiïérents journaux parisiens publiaient une déclaration d'après laquelle M""' de Staël prenait sur elle la publication des lettres. Elle ne s'était pas bornée à cela. Elle avait de plus demandé ouvertement au vieil ami de Necker, de Lessart, de renoncer, dans l'intérêt du roi lui-même et dans celui de l'Etat, à sa place en faveur de Narbonne. ^

Ge même soir, Talleyrand, en compagnie de ses deux amis genevois, Duroverai et Dumont, rentrait de Londres à Paris. Une personne de sa connaissance arrêta sa voiture et l'informa de l'événement. On s'étonnait que le roi fût encore en état de disgracier quelqu'un. '

Le jour suivant vit la revanche de la Gironde. Sous l'impression de la nouvelle de la mort de l'empereur Léopold et sous prétexte que de Lessart avait sacrifié

* Bertrand de MoUeville, Mémoires secrets, I, 235, II, 50.

— Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck^ III, 295-298. — Mallet du Pan, papiers de famille inédits.

— La Fayette, Mémoires, III, 348. — Duchesse de Tourzel, Mémoires^ II, 58-59. — Toulongeon, Histoire de France depuis 1789, II, -106. — Sorel, V Europe et la Révolution française, II, 398.

■ Dumont, Souvenirs sur Mirabeau, 277-279.

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