CHAPITRE DEUXIÈME
tard, quand le trône sera tombé et qu'on aura lé choix entre la république et la monarchie, elle obéira à ses préférences et se prononcera pour la république ; mais elle n'a pas payé, pour en venir là, le prix du crime. La résolution de sauver la monarchie par la guerre est son dernier essai d*entente avec la Révolution. La guerre pour anéantir la monarchie, voilà au contraire le début du rôle historique de M"' Roland.
C'est elle, cette femme de trente-huit ans, belle encore et surtout attrayante, possédée du fanatisme politique, qui domine Roland, influence Brissot et Pétion, transporte Vergniaud, enflamme Buznt. Désormais l'ambition clés uns, les calculs et la haine des autres se dissimuleront sousTidéal républicain, né moins de réminiscences antiques que des rêveries d'un cœur de femme que désenchanta la vie. Le dilemme de la Révolution — liberté ou égalité — se résout pour la Gironde dans la lutte dont le pouvoir est le prix. Arrivée aux bords du fleuve de sang, elle le franchira au lieu de s'y* arrêter, et, déchaînant les furies de la révolte, de la guerre et de l'anarchie, elle préludera à la Terreur.
Le changement de politique amena un changement complet des personnes.
La dernière dépêche envoyée à Gustave III par le baron de Staël, à la fin de janvier, approuvait expressément les idées de Narbonne. * A ce moment, Staël avait déjà reçu ses lettres de rappel et
* Léouzon Le Duc, Correspondance diplomatique du baron de Staël, 251.
Tordre de quitter Paris sans délai. L'irritation du roi contre son ambassadeur était telle, qu'il lui fit enjoindre à Hambourg, mais trop tard, comme le rapporte Taube à Fersen^ de ne pas mettre le pied en Suède. * Quant à la pension ou à la compensation autrefois convenue, il n'en était plus question. Necker offrit aussitôt à sa fille et à son gendre un asile à Goppet. Staël remercia en termes émus, en disant que la perspective de passer sa vie auprès du grand homme dont il admirait le génie et la vertu était la plus séduisante qui pût lui être offerte ; seulement, ses intérêts exigeaient absolument sa présence dans sa patrie. « Mes amis », ajoutait- il, a me disent que tout s'arrangera si j'ai de la patience, et surtout si je ne donne aucune marque de mécontentement ».'ll était à peine arrivé à Stockholm, que le souverain surnommé par Catherine II le « Don Quichotte de la contre-révolution », terminait une carrière si riche en saisissants contrastes. Frappé mortellement, le 13 mars, par la main d'Ankerstrom, il confiait la couronne de son fils mineur, Gustave IV, à son frère le duc Charles de Sudermanie, dont la politique n'avait rien de commun avec la sienne. Le duc résistait à l'alliance russe, inclinait, seul entre les princes de l'Europe, vers la France nouvelle, et profita de la circonstance que les subsides promis à son prédécesseur n'avaient pas été acquittés, pour garder une stricte neutralité dans le conflit qui s'annonçait. Le
* Kliackowstrom, Le comte de Fersen et la cour de France^ > D*HaQ880Qville, Le salon de madame Neckery II, 251-253.