‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 60 sur 280 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

conseiller naturel dans ce nouvel état de choses était le baron de Staël, qui brûlait de réoccuper son poste à Paris. Mais l'attitude des puissances européennes, qui rappelaient l'une après l'autre leurs représentants, ne permit pas pour le moment la reprise des relations diplomatiques régulières entre la Suède et la France, et les affaires de l'ambassade furent gérées par un certain M. de Bergstedt. ^

M"® de Staël non plus n'avait pas répondu à l'appel de son père et était restée à Paris. Son amour pour lui ne put triompher de son aversion pour la solitude de Goppet, (c cette paix infernale », ainsi qu'elle l'appelait dans une lettre à son mari. Sa résistance s'accrut à la pensée que l'hôtel de l'ambassade de Suède pouvait, à l'heure du danger, devenir le refuge des persécutés, et enfin avec le danger même, qui a aussi ses séductions. AF* de Staël avait dû déjà se séparer de nombre de ces amis. Beaucoup d'entre eux se rendirent à Londres ou à Lausanne, afin d'éviter tout contact avec les émigrés réfugiés sur le Rhin. Quatre mois plus tard, à l'approche de la crise du 10 Août, la plupart de ceux-là rentrèrent à Paris, en vue d'apporter un dernier secours à la monarchie expirante. Seuls les officiers, tels que Rochambeau, Biron, les deux Custine, les frères Dillon, Grouchy, Victor de Broglie, continuèrent à servir la patrie dans les rangs de l'armée. Profondément blessé par l'arrivée au ministère de Dumouriez, qui tout récemment avait été son agent secret en Belgique et

* Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France,

qu'il méprisait au plus haut degré, La Fayette se retira dans son quartier général de Metz, d*où il réclama du nouveau président du conseil, comme prix de son appui, ce que ni lui ni d'autres ne pouvaient lui garantir : Tordre à Tintérieur et la protection de la liberté civile et religieuse.

Sur ces entrefaites, Toulongeon, le futur historien des constitutionnels, recommandé par Montmorin comme homme d'honneur et de confiance, * se rendit î\ Vienne, taudis que Narbonne alla rejoindre l'armée du Nord, pour y faire son devoir de soldat. Au milieu de toutes ces agitations, Paris trouvait encore le temps de s'occuper d'historiettes et de scandales, et Fersen, à Bruxelles, consigne dans son journal, d'après des informations plus ou moins authentiques reçues de Paris, que M"** de Staël, lui a-t-on raconté, porte constamment du poison sur elle et, déguisée en homme, s'est rendue au camp d'Arras auprès de Narbonne. * Le seul personnage politique qui parvint à se faire agréer delà Gironde, comme il s'était fait agréer des Feuillants et des constitutionnels, était Talleyrand. En compagnie du marquis de Chauvelin, le représentant officiel, il retourna à Londres, muni d'une lettre confidentielle de Louis XVI à Georges III, pour obtenir une fois encore la neutralité de l'Angleterre dans la guerre qui se préparait contre l'Autriche, cette fois sous la condition que la Belgi-

* Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, III, 302.

* KMnckovfsirom, Le comte de Fcrsen et la cour de France ^

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