‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 7 sur 280 · CHAPITRE PREMIER l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER l

tenus sur le passé des deux filles du roi. * Voici en résumé l'histoire^ dans les détails de laquelle Mercy n'entrait pas. Madame Adélaïde, dans sa jeunesse, avait éprouvé une violente passion pour le comte de Narbonne-Lara, son chambellan de service, et la femme de celui-ci, plus tard duchesse de Narbonne, s'était décidée à faire passer pour sien le fils issu des relations de la princesse et de son mari, et à l'élever à lacour, à laquelle elle-même était attachée. L'enfant, né le 24 août 17S5, vitle jour, affirme-t-on^ à Colorno, dans le duché de Parme, alors gouverné par une autre fille de Louis XV, Elisabeth, qui avait épousé l'Infant. On raconte que Louis de Narbonne, retourné en France et à Versailles, ayant montré de grandes aptitudes intellectuelles, reçut des leçons de grec du pieux fils de Louis XV, le grand Dauphin. Aux honneurs de la vieille race française et du titre de grand d'Espagne vint s'ajouter pour le jeune Narbonne une fortune considérable, qui, cependant, ne suffisait pas à son penchant pour le luxe et la dépense, et dut être rétablie plus d'une fois, grâce aux libéralités de Madame Adélaïde. Les bruits répandus sur sa naissance ne nuisaient pas à son avancement. Lamartine, dans son Histoire des Girondins^ dit que la belle et noble physionomie de Narbonne rappelait celle de Louis XV dans sa jeunesse. Personne ne trouvait étonnant qu'il fit partie de la maison des tantes du jeune roi et qu'une brillante carrière militaire s'ouvrît en môme temps devant lui ;

* Comte de Ségur, Mémoires^ II, 73.

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([uand elle s'interrompit provisoirement, il était colonel du régiment de Piémont, qui pendant plusieurs années avait tenu garnison à Strasbourg. Dans cette ville, Narbonne suivit les cours d'hisloire et de politique du savant professeur Koch, dont le nom revient souvent dans les débats delà Constituante ; il devint l'ami du prince Maximilien de Deux-Ponts, également colonel d'un régiment français et plus tard premier roi de Bavière, et il apprit l'allemand, ce qui lui valut la sympathie de Turgot. Au cours de fréquentes visites à Paris et à Versailles, il trouva le temps de faire des recherches aux archives du ministère des alfaires étrangères, où Rayneval et Rulhière l'aidèrent de leurs conseils. Un détail à remarquer, c'est que le jeune homme n'alla pas, comme tant de ses camalades, se battre pour la cause américaine. Il y a assez de sentiment républicain en France, disait-il, |)Our qu'on n'aille pas le chercher ailleurs. A vingtsept ans il épousa M"* de Montholon, fille du premier président de Rouen, qui tenait de sa mère, à Saint- Domingue, une fortune colossale de 300.000 livres de rentes, que la politique coloniale de la Révolution, ajoutée à d'autres circonstances, devait détruire complètement au bout de quelques années. La jeune femme, qui à l'époque de son mariage n'avait que quatorze ans, donna deux flUes à son mari et mourut octogénaire à Mâcon, bien longtemps après lui. Narbonne était brave, aimable, magnifique et dissolu. 11 avait pour maîtresse la célèbre M"* Contât, de la Comédie-Française ; Rivarol, Talleyrand, Choiseul- Gouffler, Ségur, que la reine lui préféra pour le poste

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