‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 62 sur 280 · CHAPITRE DEUXIÈME l3l · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME l3l

composée d'éléments contre-révolutionnaires, et sa réorganisation, que Dumouriez avait chaleureusement recommandée au monarque, ne fut pas poursuivie. Le 4 juin, le ministre de la guerre girondin, Servan, réclama, d'accord avec ses collègues Roland et Clavière, la formation d'un camp de vingt mille fédérés de tous les cantons du royaume, en vue de la protection de la capitale et de la fête anniversaire du 14 Juillet. C'était là l'armée démocratique à l'aide de laquelle la Gironde renforçait les citoyens pourvus de piques et qu'elle opposait aux troupes régulières de Dumouriez, depuis longtemps brouillé avec elle et qu'elle haïssait cordialement. En même temps cette armée devait tenir en échec la garde nationale accusée de s'être vendue aux intérêts de la bourgeoisie. Le 10 juin entin, Roland donna lecture en conseil des ministres d'un mémoire dicté par sa femme dès le mois de mai, mémoire où la sincérité du roi était mise en doute et où on le rendait responsable des maux futurs causés par la réaction. Répandu bientôt à milliers d'exemplaires dans le pays entier, il fut, au témoignage d'observateurs impartiaux, une des principales causes de la catastrophe. *

Le 13 juin, Louis XVI retira leurs porte feuilles aux trois ministres girondins. Il avait consenti à laisser dissoudre sa garde ; il ne s'opposait pas à l'appel des fédérés, mais il refusait de signer le décret contre les prêtres, La reconstruction du ministère s'effectua sous la présidence de Dumouriez, qui prit le portefeuille de la guerre, et que l'intérêt même de sa

* Romilly, Mémoires, II, 48.

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sûreté personnelle poussait à sauver la monarchie. Pour arriver à cette fin il comptait sur deux moyens : Fappui de la Fayette et l'adhésion du roi aux décrets contre les prêtres. Ces deux tentatives ayant échoué et une lettre de La Fayette à l'Assemblée étant venue, le 18 juin, attaquer Dumouriez et dénoncer les Jacobins comme liberticides, il demanda et obtint sa démisssion au bout de trois jours et se rendit à l'armée. Louis XYI recourut à des palliatifs, en prenant pour ministres des Feuillants sans importance. La Gironde répondit en laissant le champ libre à Danton et en opposant au veto royal l'insurrection du 20 Juin.

M""' de Staël n'a rien de nouveau à ajouter à l'histoire de cette journée. Son récit porte les traces de la répulsion morale que lui inspirèrent les hordes de Danton reçues par Vergniaud dans l'enceinte de l'Assemblée législative. Devant cette explosion de pas- . sions féroces, de brutalité morale et physique et | d'instincts sanguinaires, elle sentit vaciller son res- | pect pour la nature humaine. ^ La sympathie qu*elle I avait refusée à la reine, elle l'accorda à la mère me- j nacée dans ses enfants plus encore que dans sa propre vie. Madame Elisabeth força son admiration. Du moment où le bonnet rouge, posé sur la tête de Louis XV[, le vouait à la mort en même temps qu'à l'ignominie, elle résolut de faire Timpossible pour le sauver lui et les siens.

Huit jours plus tard, La Fayette, quittant inopi-

1 M»« de Staël, Considérations, [Xlll, 46.

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