CHAPITRE DEUXIÈME l
Dément son armée, se présenta à la barre de TÂssemblée nationale, pour demander compte des événements du 20 Juin.
La panique que son arrivée excita parmi les Jacobins et la réception que lui fit la garde nationale auraient pu lui apprendre qu'une victoire du parti constitutionnel était toujours encore possible. Mais le rôle de sauveur de la société est réservé aux hommes d'une autre trempe. Au sortir de TAsseinblée, il se rendit directement aux Tuileries. Du même ton qu'il avait parlé au peuple le 22 juin 1789, à THôtel de Ville, avant le meurtre de Foulon et de Berthier, puis le lendemain du 6 Octobre et après l'écrasement de rinsurreclion du 15 juillet 1791, il parla au roi, qu'environnaient les menaces de mort, de son attachement à la Constitution sur le modèle américain. Il ne convainquit que Madame Elisabeth, qui s'écria qu'il fallait oublier le passé et se jeter dans les bras de ce dernier sauveur. Le même soir quelques bataillons de gardes nationaux ayant demandé à être menés contre les Jacobins, La Fayette appuya sur la nécessité d'éviter les violences, parla du respect de la loi et de son accord avec la majorité de l'Assemblée, sans ajouter que cette majorité était terrorisée au point de ne plus oser dire ce qu'elle pensait, à moins qu'il ne la délivrât. On esssaya, mais trop tard, de grouper autour de lui la garde nationale, et le rapprochement étouffé dans son germe , fit place à une apathie d'autant plus complète. Le général, moralement anéanti, retourna le 30 juin auprès de son armée, et les Jacobins, délivrés de
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leurs craintes, déclarèrent qu'en se présentant à la barre de l'Assemblée il avait gravement failli à son devoir militaire; en même temps ils préparèrent contre lui une mise en accusation pour avoir excité à la guerre civile. La Fayette fit proposer inutilement à la famille royale, par Torgane de son ami Lally- ToUendal, revenu tout exprès de Lausanne, de la mener à Gompiëgne, sous la garde de régiments dévoués. L'antipathie professée à son égard s'était accrue de la conviction qu'il était usé et hors d'état de rendre des services. *
A un autre était réservée la revanche du 20 Juin. Perdu au milieu de la foule qui assistait à l'invasion des Tuileries se trouvait un jeune officier qui a raconté plus tard comment la Révolution, à laquelle il ne comprenait pas grand' chose, l'avait attiré cependant par son idéal d'égalité, duquel il prévoyait qu'il deviendrait l'escabeau de sa grandeur. Mais ce jeune officier n'aimait pas les soulèvements populaires. Il fut révolté de la grossièreté brutale des malheureux qui défilaient devant ses yeux et de l'ignorante légèreté de leurs chefs, auxquels il prédit dans son for intérieur que les fruits de la Révolution ne leur reviendraient pas. En apprenant ce qui s'était passé dans l'intérieur du palais, il conclut que la monarchie avait cessé d'exister, «car, dans les choses politiques, on ne survit pas aux humiliations ». Il ajoutait que, si on l'eût appelé, il aurait défendu le roi.
M"^^ de Staël, de son point de vue^ était également
* * Sybel, Histoire de VEnrope pendant la dévolution fran* çaùe, I, 374 et 384.