‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 64 sur 280 · CHAPITRE DEUXIÈME l · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME l

arrirée à penser que le drame approchait de sa fin. Dans les premiers jours de juiUet elle écrivit à Malouet de passer chez elle. Il la trouva en proie à la plus vive surexcitation, partagée entre Tborrear des scènes du 20 Juin et la crainte de choses pires, que tout le monde pressentait autour d'elle. Après quelques douloureuses réflexions à ce sujet, elle dit avec la chaleur et la vivacité qui lui étaient propres : « Le roi et la reine sont perdus, si Ton ne vient promptement àleur secours, et je m'offre pour lessauver ; oui, moi, qu'ils considèrent comme une ennemie, je risquerais ma vie pour leur salut, et je suis à peu près sûre d'y parvenir sans leur faire courir aucun risque, ni à moi-même. Ecoiltez-moi ; ils ont confiance en vous. Voici mon projet, qui peut s'exécuter dans trois semaines, en commençant dans deux jours les préliminaires. Il y a une terre à vendre près de Dieppe ; je l'achèterai ; je mènerai à chaque voyage un homme sûr à moi^ ayant à peu près la taille et la figure du roi, une femme de l'âge et de la tournure de la reine, et mon fils, qui est de l'âge du Dauphin. Vous savez de quelle faveur je jouisparmi les, patriotes ; quand on m'aura vu voyager avec cette suite deux fois, il me sera facile d'amener une troisième fois la famille royale ; car je peux fort bien voyager avec mes deux femmes, et Madame Elisabeth sera la seconde. Voyez si vous voulez vous charger de la proposition ; il n'y a pas de temps à perdre ; rendez moi ce soir ou demain la réponse du roi ».

Malouet approuva le projet autant que le sentiment qui Pavait suggéré. 11 alla trouver sur le champ

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La Porte, intendant de la liste civile, en lui confiant ce qu'il venait d^entendre, et demanda à être mené chez le roi par un escalier dérobé. La Porte prit les devants pour l'annoncer. Au bout d'une demi-heure il reparut tout attristé^ en disant que ni Louis XYI ni la reine ne voulaient le recevoir, n'ayant pas l'intention d'accepter la proposition de M"' de Staël. Ils le chargaient d'exprimer à Malouet leurs remerciements, avec l'assurance qu'ils n'oublieraient jamais la preuve du dévouement que leur donnait M"' de Staèl ; mais ils avaient, ajoutait La Porte, des raisons sérieuses pour ne point quitter Paris et pour ne point s'y croire dans un danger imminent. La Porte confirma en même temps à Malouet que la cour négociait avec les chefs jacobins, qui garantissaient^ moyennant de fortes sommes, la tranquillité du faubourg Saint-Antoine. Malouet reconnut là la tactique mesquine de Bertrand de Molleville, qui dans ses notes ne mentionne qu'en raillant le projet de M""*" de Staël et signale Guadet, Vergniaud et Gensonné comme les personnalités avec lesquelles traitait la cour, * tandis que La Fayette raconte que la reine comptait sur Danton, auquel elle avait fait verser, peu de temps avant le 10 Août, une somme de 50.000 ducats. * Malouet était exactement, mais incomplètement informé ; depuis la chute de ses ministres, la Gironde cherchait à recouvrer le pouvoir et ajoutait à ses premières conditions celle de la

* Malouet, Mémoiresy II, 221-223. — Biographie des contemporains, article Gensonné.

« La Fayette, Mémoires, III, 376.

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