‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 65 sur 280 · CHAPITRE DEUXIÈME l3j · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME l3j

destitation de La Fayette. Si le roi flnissût par céder, on arrêterait la sédition sur le seuil de son

Ce fut en vain que Malouet renvoya La Porte vers le roi, en le chargeant de dire au monarque que c'était folie de compter sur de tels appuis ; qu'une résolution prompte et hardie pouvait seule le sauver ; que la dernière chance était d'empêcher l'arrivée de ces Marseillais au sujet desquels Marie-Antoinette avait dit à Dumouriez: (c Ils viennent pour assassiner le roi ». s Si l'on ne voulait pas se confier à M"'"' de Staël, le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, commandant à Rouen, se tenait prêt à conduire en sûreté Ih, famille royale au Havre, et de là en Angleterre. * Le roi refusa de nouveau toute réponse positive. L'offre de La Rochefoucauld supposait l'accord avec La Fayette. Le projet de fuite de M""* de Staël menait droit dans son camp ; aux Tuileries on disait aux intimes : (c M. de La Fayette sauvera peut-être le roi, mais il ne sauvera jamais la royauté » . *

Malouet; désespéré, ne se tint point encore pour battu. Avec Lally-ToUendal, Clermont-Tonnerre, Malesherbes, La Tour du Pin et Bertrand de Molleville, il se rendit auprès de Gouverneur Morris afin de

* Thiers, Histoire de la Révolution, II, 370, appendice.

• Ferri^res, Mémoires, III, 89.

s Malouet, Mémoires, II, 149-165. — Bertrand de MoDeville, Mémoires, III, 43-46. — Bacourt, Correspondance entre Mirabeau et de La Marck, 111,325. — Lacretelle, Dix années â^épreuves pendant la Révolution, 92-100. (Lacretelle était secrétaire du duc de La Rochefoucauld-Liancourt).

^ Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, 11,117-118. .

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décider un dernier plan de fuite en faveur de la famille royale. Gardes nationaux et Suisses devaient lui frayer la voie jusqu'à La Fayette, et tout était si minutieusement calculé, que Morris répondit du succès. Cette fois encore, le matin même du jour réservé à l'exécution du projet, Louis IVI retira sa parole à moitié donnée. ^ Trois ans presque étaient écoulés depuis les journées d'Octobre, où Mounier, désespérant de l'avenir, avait conseillé la fuite.

Une fois encore M'*' de Staël vit Louis XVI et les siens, le jour du troisième anniversaire de la prise de la Bastille^ quand les premiers fédérés parurent sur le Champ de Mars. Quelques voix crièrent : « Vive le roi ! » ; mais ce cri ressemblait à un adieu, et la jeune femme, profondétnent émue, entrevit déjà Louis XVI dans la transfiguration du martyre. ' Lorsqu'il gravit les marches de l'autel pour prêter serment à la Constitution, quelques enfants se pressèrent autour de lui. (( On crut voir la victime sainte, s'ofR-ant volontairement en sacrifice ». M"' de Staël n'oublia jamais l'expression du visage de la reine, dont les yeux étaient abîmés de pleurs. La splendeur de sa toilette, la dignité de son maintien contrastsdentavec le cortège dont elle était environnée. Ce fut la dernière fois qu'elle devait voir Marie-Antoinette et le

* Jared Sparks, Gouverneur Morris^ I, 381-382.

2 Consulter sur la disposition d'esprit du roi en cette circonstance les Mémoires de Weber^ frère de lait de Marie- Antoinette.

» M"»« de Staël, Considérations, XIII, 51-52.

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