CHAPITRE DEUXIÈME l3g
A partir de ce jour, les événements se précipitèrent. Le j 1 juillet» la patrie avait été déclarée en danger ; huit jours auparavant Vergniaud, dans un discours célèbre où la passion se dissimulait sous une apparence de modération, avait rendu le roi responsable des défaites qui atteindraient l'armée et de* mandé en ce cas sa déchéance. Le maire de Paris, Pétion, le principal justiciable des événements du 20 Juin, avait été suspendu avec l'assentiment du roi ; mais l'Assemblée avait rétabli à son poste le (c froid fanatique »^ et fait de lui le héros du 14 Juillet. Les dernières troupes régulières furent éloignées de Paris. Les feuilles de Marat et de ses acolytes abaissaient, suivant le mot de M"''' de Staël, le langage humain à un hurlement de bêtes fauves et prêchaient la destruction de la société. Le mot de ralliement — la patrie est en danger I — et l'envoi de volontaires à la frontière donnèrent lieu à la création du comité central des fédérés, par lequel Jacobins et Cordeliers dirigèrent de leurs clubs l'insurrection. Le 17 juillet, Pétion et le conseil de la Commune votèrent l'organisation d'un bureau central de communication pour les quarante-huit sections de Paris, et créèrent ainsi la terrible Commune du 10 Août, du 2 Septembre et du 31 Mai, devant laquelle les trente-six mille communes de France abdiquèrent en silence. Du haut de la tribune, Vergniaud, Brissot, Tome, Condorcet, renouvelèrent l'accusation de trahison contre le roi et contre La Fayette et
« M»» de Staël, Considérations, XIII, 50.
réclamèrent la suspension du premier. Chaque jour TAssemblée recevait des adresses séditieuses et des députations révolutionnaires * ; cependant elle en faisait toujours trop peu aux yeux des extrêmes, dont un seul d'ailleurs possédait une logique assez impitoyable pour suivre la théorie révolutionnaire jusque dans ses dernières conséquences. Si le roi ruine l'Etat, déclara Robespierre au club des Jacobins, l'Assemblée de son côté ne l'a pas sauvé. Elle est plus coupable que lui, car elle est la plus forte. Les intrigants iqui la gouvernent seront ou complices du roi, parce qu'ils ne le renversent pas, ou usurpateurs à leur tour de la souveraineté populaire. Dans les deux cas nous avons besoin d'une Convention nationale, ou l'Etat est perdu. Au sein des assemblées primaires dont la convocation est urgente, le citoyen passif — le prolétaire — possède aussi bien que le citoyen actif le droit de suffrage pour élire la nouvelle Assemblée nationale, destinée, celle-là, à être vraie et incorruptible. Pour combattre aristocrates et intrigants, elle doit se composer d'éléments tout nouveaux, nommer d'autres titulaires à tous les emplois publics et aux charges militaires, et reconnaître au peuple le droit de reprendre, quand il le juge utile, le mandat qu'il a confié. Tel était l'Evangile du Contrat social, prêché enfin dans toute son intégrité par son prophète Robespierre. * Cet évangile, on
* Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, TI, 106, III, 6. — Taine, La Révolution, II, 138. — M«a de Staël, Considérations, XIII, 42.
2 Hamel, Histoire de Robespierre, II, 349-355.