‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 67 sur 280 · CHAPITRE DEUXIÈME I4I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME I4I

n'en pouvait plus douter» éliminait la Gironde, mais il sacrifiait en même temps la culture intellectuelle, la propriété, chaque prérogative morale et matérielle, en un mot, pour aller tendre la main à la foule des prolétaires, aux dernières couches du peuple, comme seuls vrais représentants de l'idéal égalitaire qui célébrait son achèvement par la suppression de toute distinction, héréditaire aussi bien que personnelle, et anéantissait les individualités au profit de la suprématie des masses. Ainsi poussée et menacée, la Gironde alla désonnais en avant sans plus regarder derrière elle. Le 26 juillet, Guadet, puis Brissot, sommèrent pour la dernière fois le monarque de marcher avec eux, et, comme le 20 Juin, ils éprouvèrent la plus amère déception. L'énergie négative de Louis XVI se formulait dans cette résolution : « Jamais de ministres girondins! ».

Mais la Gironde, si elle ne pouvait gouverner par lui et avec lui, était décidée à gouverner sans lui. Le 12 avril 1793, Guadet avoua sans détours que lui et ses amis étaient les initiateurs des mesures qui avaient amené la chute du trône au 10 Août. « A Charenton fut ourdie la conspiration contre la cour, fixée d'abord au 26, puis au 29 juillet, et qui n'éclata qu'au 10 Août ». * Rœderer qui, avec Talleyrand, était membre du directoire du département de la Seine, mais qui n'avait pas, comme lui^ donné sa démission après la réinstallation de Pétion, écrit également que Ton connut à Paris, plusieurs jours avant le 10

* Necker, De la Révolution française, T, 376.

Août, le projet de « massacrer » le roi et sa famille. ' Robespierre attendit dans une espèce de pénombre que ce résultat eût assuré sa sécurité personnelle, puis il célébra lui aussi àTHôtel de Ville, le 11 août, ce la réussite de la conjuration longuement préparée ». Le retard des fédérés de Marseille, bande d'hommes résolus sur lesquels on comptait tout particulièrement, avait seul reculé le moment de l'insurrection.

Sur ces entrefaites on eut connaissance en France et à Paris du manifeste du duc de Brunswick, daté du 25 juillet. Mallet du Pan, dernier conseiller de Louis XVI en ces jours de détresse, se trouvait par ses ordres à Francfort auprès de l'empereur, quand le manifeste parut. Son mandat consistait à tenir à distance les princes et les émigrés, à assurer au monarque, dès qu'il aurait recouvré sa liberté, l'indépendance de son pouvoir royal vis-à-vis des puissances, et à insister sur une déclaration portant qu'elles ne songeaient nullement à un agrandissement de territoire aux dépens de la France. Tous ces points furent accordés, mais Mallet ne rédigea pas le manifeste. » Fersen revendique pour lui-même le mérite douteux de l'avoir dicté au marquis de Limon. ' Le document fameux qui porte la signature du duc de Brunswick mentionnait .

* Rœderer, Œuvres complètes^ VI, 123.

* Mallet du Pan, Mémoires^ II, appendice. — Bardoux, Le comte de Montlosiery 74. — Brunetière, Histoire et Litté' rature, II, 103-125.

« Klinckowstrôm, Le comte de Fersen et la cour de France j II, 328,

Page 1