CHAPITRE DEUXIÈME
il est vrai, la renonciation aux projets de conquête^ mais ne protestait en aucune façon contrele rétablissement de la féodalité et rendait Paris responsable de la sécurité de la famille royale. La Gironde y était enveloppée sans distinction aucune dans les menaces contre les Jacobins, et dans F état actuel des recherches sur la Révolution, cette circonstance ne justifie plus l'irritation des historiens démocrates. Par une coïncidence curieuse, le Girondin Carra avait, peu de jours avant l'apparition du manifeste, dépeint le duc de Brunswick comme le restaurateur de la liberté en Euiippe. * « Mon frère ne connaît pas la France » , disait la reine dès le mois de mars. « En déclarant la guerre aux Jacobins, il nous livre tous au couteau, nous et nos fidèles serviteurs ».
Par sa malheureuse teneur, le manifeste versa de l'huile sur le feu et fournit un prétexte dont on s'empara pour faire ce qui était décidé depuis longtemps ; mais il n'est en rien responsable de la catastrophe du 10 Août. Sans s'abaisser aux sophismes, M""* de Staël a déposé dans la balance le poids de son témoignage et déclaré sans détours que les amis de la liberté, tout en se prononçant contre les étrangers, n'hésitaient cependant pas un seul moment à reconnaître que la situation intolérable faite au souverain ne lui laissait plus d'autre choix que d'espérer en le secours des puissances. ^
La publication du manifeste se rencontra le 28
* Annales patriotiques, 21 juillet 1792. — Duchesse de Tourzel, Mémoires, II, 45.
« M«« de Staël, Considérations y XIII, 54.
juillet avec la pétition des quarante-huit sections parisiennes qui obéissaient à Danton et qui demandaient la déchéance du roi. Pétion, qui en informa l'Assemblée, parla du « souverain commun» le peuple ». On se rappelait les commentaires apportés par Robespierre à ce texte, et sur les bancs de la Légis* lative on ne se sentait pas moins menacé que le roi aux Tuileries. La pétition fut renvoyée au comité des affaires extraordinaires, et la Gironde eut peur devant sa propre victoire. Elle songea à transporter le siège de l'Assemblée de Paris en province, à examiner les signatures des pétitionnaires, et repoussa, le 8 août, la demande de mise en accusation de La Fayette. Au sortir de la séance, la majorité qui s'était prononcée en sa faveur fut en butte à des mauvais traitements et à des insultes ; les Jacobins ripostèrent par la formation du comité insurrectionnel, le futur instrument de la dictature de Robespierre, et parTarmementdes sections. Les Marseillais se tenaient à la disposition de Danton dans le voisinage du club des Cordeliers. Le 9 août se passa dans une inquiétude indescriptible. Les chefs du mouvement haranguaient la populace et faisaient répandre leurs discours sous forme de brochures, ^ et, à minuit , le tocsin donna le premier signal de la journée du 10 Août.