‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 69 sur 280 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Les Considérations sur la Révolution française, on l'a souvent remarqué, sont sobres en détails biographiques, et les choses vécues y tiennent peu de place. M"* de Staël, Dumont le confirme, s'était imposé comme une régie sévère cette absence de détails, mais elle s'en est départie dans le récit des événe • ments du 10 Août. Sous l'impression des horreurs de cette journée, l'auteur ne résiste pas à l'envie de dire ce qu'elle a vu et ressenti. *

A Tambassade de Suède on ignora jusqu'au soir la destinée du roi et des siens. On pensait que les coups de canon annonçaient les scènes de meurtre aux Feuillants et sur la place Vendôme, scènes qui décidèrent en effet Louis XVI à aller chercher dans l'Assemblée un refuge pour lui et sa famille, au lieu de mourir héroïquement en se défendant. > Tandis que la mo-

^ Helen Zimmern, Miss Edgeworth. Eminent Women Séries^

' KlinckowslPôm, Le comte de Fers en et la cour de France^ II, 346.

narchie se constituait prisonnière^ on entendit^ venant de la rive droite de la Seine, le bruit sourd des clameurs et le cliquetis des armes des hordes de Santerre. Après le meurtre du commandant de la garde nationale, Mandat, qu'on avait attiré à l'Hôtel de Ville, et la trahison du maire Pétion^ elles s'apprêtaient, au nombre de vingt mille hommes, à attaquer le château ou huit cents braves Suisses, résolus à vendre chèrement leur vie, tombèrent victimes de leur devoir.* Des constitutionnels dévoués au roi, Lally,Narbonne, La Tour du Pin, Gastellane, Montmorency, avaient en vain sollicité l'autorisation de se joindre à eux : comme le raconte M™' de Staël, le préjugé invincible des courtisans les avait repoussés, et ils restaient maintenant aux abords des Tuileries, exposés aux plus grands dangers. La populace ne les distinguait pas des gentilshommes royalistes, qui, sous le nom de « Chevaliers du poignard », étaient désignés àsa fureur. Clermont- Tonnerre fut massacré vers midi. A cette nouvelle, M™«de Staël se jeta en voiture afin de gagner le quartier des Tuileries et d* arracher, s'il était possible, d'autres de ses amis à un pareil sort. Elle ne parvint que jusqu'au Pont Royal, où on lui fit comprendre par signes que de l'autre côté on massacrait. « Si le roi avait su mourir, les choses ne seraient pas allées si loin », écrivait alors, dans un mouvement d'indignation, le poète Victor Alfieri, également témoin ocu-

< Historical Rewiew, i^ juillet 1887. Récit de M. de Durlach, capitaine commandant la garde suisse aux Tuileries, le 10 Août.

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