‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 8 sur 280 · CHAPITRE PREMIER l · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER l

d'ambassadeur à Saint-Pétersbourg, Matthieu de Montmorency, La Fayette, étaient ses intimes amis. D'après les impressions de ceux qui l'ont connu, et ses propres souvenirs, Villemain, son biographe, a relevé, comme don par excellence de Narbonne, un brillant talent de conversation ; ^ d'autre part, Bertrand de MoUeville conte à son sujet une anecdote caractéristique : à l'époque la plus critique de son administration, en 1792, quand chaque heure était précieuse, il mit un jour, par une saillie comique, le conseil des ministres en une telle gaieté, qu'il ne fut plus possible de délibérer sérieusement dans cette séance. ' Enfin, le duc de Broglie, qui le connut beaucoup plus tard, alors qu'il était entré au service de Napoléon, n'hésite pas à le déclarer plus perspicace que Caulaincourt et plus habile que Talleyrand.'

L'année 1789 trouva le grand seigneur attaché de toutes ses sympathies à la cause populaire.

Talleyrand répétait souvent que Mirabeau n avait accordé sa confiance qu'à trois personnes : à lui, à Narbonne et à Lauzun ^. Plus étaient grands les sacrifices que le 4 Août et le 19 Juin imposaient aux hommes de sa condition, et plus résolument Narbonne confia son ambition, qui n'était pas mince, au parti du mouvement. Pour un homme tel que lui, le

* Villemain, Souvenirs contemporains d'histoire et de Liité^ rature, l*"* partie : Le comte de Narbonne.

* Bertrand de Molleviile, Mémoires^ II, 17. ' Duc de Broglie, Souvenirs, I, 240.

* Greviile, Memoirs, edited by Eleeve, II, 384.

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cercle de M""* de Staël avait tout l'attrait des convictions partagées et de la sympathie. 11 y vensdt souvent, mais souvent aussi on le voyait dans le salon d'une autre femme élevée à l'école de Rousseau, la belle et sérieuse épouse de Condorcet, à l'inQuence de laquelle on a in:puté les opinions les plus extrêmes de celui-ci. '

Juste au moment où M"''' de Staël revenait de Suisse, le nom de Narbonne étsdt à l'ordre du jour. Il stationnait avec son régiment à Besançon, cheflieu du nouveau département du Doubs, et il avait été nommé au commandement de la garde nationale, quand la constitution civile du clergé provoqua parmi la population des troubles très sérieux. Grâce à sa prudence et à sa fermeté, Narbonne parvint à rélablir l'ordre sans verser une goutte de sang ; après quoi^ d'autres devoirs l'appelèrent dans la capitale. Les tantes ^du roi, effrayées par la tournure de plus en plus grave que prenaient les événements, surtout en matière religieuse, résolurent d'aller en Italie, et d'abord à Rome. Le roi, qui songeait déjà lui-même à quitter Paris avec sa famille, approuva cette résolution, décida que la mère de Narbonne accompagnerait les princesses, et chargea le jeune colonel de les déposer en sûreté au lieu de leur destination. L'Assemblée nationale accorda les passeports ; on ne supposait guère que le départ de quelques dames âgées et souffrantes serait de nature à inquiéter l'opinion publique. Mais Marat et Camille Desmoulins,

* Morellet, Mémoires, II, 106. — Michelet, Les Femmes de la Révolution : iM»« de Condorcet,

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