CHAPITRE TROISIÈME l5l
bourg SOUS Biron, protesta contre les événements du 10 Août. Suspendu par les commissaires de l'Assemblée, il fut arrêté dix-huit mois plus tard comme ennemi de la patrie et guillotiné le 27 juin 1794. La parole de La Fayette cherctiant à entraîner ses soldats avec lui n'enflammait plus. D'après une remarque de Morris, il ne s'était pas rendu compte que la discipline sévère qui conduit à la victoire au milieu de périls partagés donne seule de l'autorité sur le soldat.
Menacé par une partie de ses troupes, La Fayette se réfugiaen Belgique et fut arrêté par undétacbementautrichien sur lesolneutredel'évêque de Liège. Il avait projeté de se rendre en Amérique. Morris, qui jugeait que La Fayette dans ces circonstances difficiles s'était défendu avec énergie et habileté, s'employa inutile* ment pour sa mise en liberté. * A Vienne on n'oubliait pas la part prise par le général à la révolution de Belgique et on la lui fit expier par un emprisonnement sévère, cruel même, dans la forteresse d'Olmûtz. On raconte que les officiers de son état-major, qui partageaient sa destinée, avaient voulu forcer un paysan à leur servir de guide à travers les avantpostes autrichiens ; mais La Fayette, attaché jusqu'au bout à son utopie humanitaire, se serait opposé à cet acte de violence en désaccord avec la liberté individueUe que sanctionnaient les Droits de l'Homme, et ce fut ainsi qu'il tomba aux mains de l'ennemi. *
' Jared Sparks, Gouverneur Morrisy I, 309 et sqq., 11,222. * Forneron, Histoire det Émigrés, I, 49, d'après Vaublanc, Mémoires, I, 338.
Ib2 MADAME DE STAËL ET SON TEMPS
A partir de ce moment, les opérations militaires furent dirigées par les Jacobins. Robespierre s'était complètement trompé dans ses calculs, quand il avait repoussé Fidée de la guerre avec an véritable eflVoi ; le danger extérieur devint maintenant sa sauve-garde à lui et à ses complices. En face dçs frontières envahies, personne n'osait prendre l'initiative d'un soulèvement contre la tyrannie à l'intérieur ; dans la détresse de la patrie, personne ne pouvait songer à sa propre perte. La bande la plus méprisable de fanatiques dévoyés qui se soit jamais emparée des destinées d'un peuple civilisé, * se trouvait maintenant couverte par l'immensité même de la catastrophe qu'elle avait déchaînée. L'habitude de l'obéissance passive à laquelle le régime monarchique avait, pendant des générations^ soumis vingt-cinq millions d'hommes, profitait maintenant à Robespierre.
Des citoyens habitués à agir avec indépendance auraient sauvé le roi et se seraient sauvés eux-mêmes avec lui ; des sujets, qui avaient désappris toute initiative, glissèrent sans résistance des mains d'une royauté en dissolution dans les mailles du réseau de la conjuration jacobine. Façonnés à l'oppression, ils obéirent passivement ; celui qui tentait de résister ne trouvsdt pas de point d'appui. On ne distingua plus entre l'opposition et la trahison. Aussi se réfugiait-on à Tarmée, non seulement pour défendre les frontières, mais pour s'épargner la vue des crimas qu'on ne pouvait empêcher et pour échapper par une mort honorable aux soufirances de la persécution,
' Dumouriez, Mémoires, III, 281.