‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 73 sur 280 · CHAPITRE TROISIÈME l · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME l

au (c poignard démocratique ». * La France révolutionnaire dut ses victoires non moins au désespoir qu'à Penthousiasme. Ce ne fut point un hasard si l'art de la guerre trouva prêt le génie français et l'absorba pour des années. <r Les soldats n'appartenaient point à tel ou tel chef, mais à la France »,dit M"*'» de Staël, a La patrie ne consistait plus que dans les armées ; mais là, du moins, elle était encore belle, et ses bannières triomphantes servaient, pour ainsi dire, de voile aux forfaits commis dans l'intérieur ». »

Dans une partie antérieure du livre, ilest vrai, cette assertion que l'armée a été un lieu de refuge, la crainte un motif d'héroïsme, est traitée de calomnie. * Mais la contradiction n'est qu'apparente. Elle s'explique par le but de l'œuvre, destinée à gagner la Restauration aux idées libérales et à lui concilier la nation et avant tout l'armée, difficile à convaincre et ombrageuse, quand elle n'était pas hostile.

Il n'en reste pas moins vrai qu'après le 10 Août les patriotes français n'avaient plus d'autre ressource que de courir aux armes. Cette ressource ne devait pas leur rester longtemps. Le droit de mourir pour la patrie fut d'abord refusé aux constitutionnels détestés, qui avaient cherché dans Tarmée un refuge contre le suicide politique de l'émigration.

Tandis que les ventes forcées au nom de l'Etat et

^ Tocqneville, L'ancien régime et la Révolution^ I, ch. III. — Taîne, La Révolution, II, 63-66. — * Sybel, HUtoire de l'Europe pendant la Révolution française, I, 516. — Sorel, L'Europe et la Révolution française, II, 530.

* M— de Staël, Considérations, XIII, 1?5.

» M»« de Staël, Considérations, XIII, 61.

les charges écrasantes imposées à ceux de leurs parents restés en France ruinaient la fortune des émigrés, on résolut d'assurer aux Jacobins, par des massacres, la majorité dans les élections quiallaientavoir lieu pour la Convention nationale. Les premières victimes désignées de ces meurtres étaient les derniers conseillers de la monarchie. Les mauvaises nouvelles de la frontière, exagérées à dessein, servirent de prétexte aux événements qui se préparaient. L'annonce de la prise de Longwy se croisa le 26 août avec les préparatifs de Danton pour les massacres de Septembre. ' Le danger, avant même d'être réel, servit à terroriser la capitale, où les Marseillais, renforcés par les hommes des faubourgs, se tenaient prêts aux coups demain. La catastrophe devint inévitable du moment où la Commune de Paris résista au décret de dissolution dont la frappait TAssemblée législative, qui, depuis le 10 Août, ne possédait plus d'autre privilège que celui de transformer eu décrets les volontés de la faction jacobine. A partir de ce moment, les reproches, l'accusation de trahison, les dénonciations diriges jusque-là contre le roi, s'adressèrent aux Girondins, « qui menaçaient continuellement et ne savaient jamais agir » , ni même empêcher, * ainsi que le disait un jour Roland lui-même à la duchesse d' Ayen, à laquelle il avouait que les assassinats s'organisaieot dans le conseil ». 'Le chemin de la fuite était égale-

* * Sybel, Histoire de V Europe pendant la Révolution française, I, 470.

* Ferrières, Mémoires^ III, 206, 265.

' La Fayette, Mémoires, IV, 135. — Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, IV, 7-8.

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