CHAPITRE TROISIÈME ibj
pcds disciple du Contrai social^ et sacrifié en 1793 par S^nt-Just, il fat la victime de ceux auxquels il avait ouvert la route. Un type unique dans son genre est celui du prince allemand Charles-Constantin de Hesse-Rothenboarg-Rheinfels ; le citoyen général Hesse, comme le nommaient ses amis les Jacobins, fut, d'après Sybel^ le seul commandant français qui mit en 1792 son épée à la disposition de la jus* tice populaire K Les massacres de Septembre à Lyon furent l'œuvre de cet homme de trente-cinq ans, qui produisit sur Nodier Timpression « d'un chat-tigre doué delà parole ». Bien différent était le comte de Schlabrendorf, un philantrophe et un curieux originaire de Silésie. Le désir d'observer de près les événements lui fit échanger en 1789 la ville de Londres, où il vivait depuis assez longtemps, pour la capitale delà France. Il ne voulait rester que quelque temps à Paris. Mais il y demeura jusqu'à sa mort, arrivée en 1824, et fut cité en justice au bout de plusieurs années pour le payement du loyer de sa maison de Londres, dont il avait oublié de se défaire. Quoique très riche, il finit par vivre enfermé dans sa chambre, sans plus de besoins que Diogène dans son tonneau, au point d'en arriver à ruiner complètement sa santé '. Cependant cette chambre au troisième étage, où le comte de Schlabrendorf recevait ses amis enveloppé d'une robe de chambre grise, la barbe lon-
* * Sybel, Histoire de V Europe pendant La Récolulion française, I, 493-494 et 538.
* *Risl» Souvenirs^ I, 263. — * Varnhagen von Ease, Le comte de Schtabrendorf Journal historique , 1832, 247etsqq.
gue de plusieurs pouces, sa chevelure blanche en désordre, était un point de ralliement pour les célébrités politiques et littéraires ; plus tard Jacobins et i-oyalistes s'y rencontrèrent, pour faire à Bonaparte, sous les yeux de la police, une opposition à laquelle Schlabrendorf prêta le secours de sa plume, sans toutefois signer de son nom un écrit qui eut du retentissement ^
Parmi les autres A.llemands qui, comme QElsner, Campe, Forster, Trenck, Ancillon, furent à Paris, entre 1789 et 1793, spectateurs ou acteurs du drame révolutionnaire, il faut citer Juste-Eric BoUmann, auquel Vamhagen avait déjà consacré une très intéressante étude % et dont on a tout récemment rafraîchi le souvenir ' .
Bollmann, Qanovrien de naissance, élevé à Carlsruhe, était d'un extérieur agréable et d'une intelligence très vive. Ses études à F Université de Gœttingue l'avaient mis en rapport avec déjeunes Anglais, puis il était devenu docteur en médecine, et en 1791 s'était rendu à Mayence. Il était alors âgé de vingt-deux ans. Dans cette ville il se lia avec Georges Forster, l'écrivain et le voyageur, et Huber, littérateur et diplomatesaxon, un admirateur enthousiaste des premières œuvres de Schiller. C'est ce même Huber qui, en 178i, avait adressé de Mannheimà l'auteur des Brigands une lettre signée également par le père de Théodore Kœmer, qui, à partir de ce moment, se lia d'amitié avec le
* * La France sous le Consulat, Germanie, 4802.
* * Vamhagen von Ense, Mémoires et Mélanges, I. » * F. Kapp, Juste-Eric Bollmann, Berlin, 1880.