‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 76 sur 280 · CHAPITRE TROISIEME iSq · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME iSq

grand poète. Accrédité eo 1788 auprès de l'électeur de Mayence comine chargé d'afTaires, Huber fît la connaissance de Georges Forster et de sa femme Thérèse, née Heyne, qui abandonna son mari pour lui, et, après la mort de Forster, devint sa femme. Dans ce milieu, les femmes à la fois très douées et très exaltées ne manquaient pas. A côté de Thérèse Forster on remarquait avant tout Caroline MichaeUs, veuve Bohmer, mariée plus tard à Guillaume Schlegel, dont elle se sépara pour devenir la femme de Schelling. Chez ces dames, le souci de la vie quotidienne s'associait à l'enthousiasme pour les événements dont Paris était le théâtre et qui par un enchaînement de circonstances amenèrent la détention au Konigstein de Caroline Bohmer en qualité de prisonnière d'Etat, la fuite en Suisse de Thérèse Forster et de Huber, et la venue à Paris de l'optimiste et romanesque BoUmann. Le jeune homme prenait au sérieux le culte de l'idéal pour lequel la musede Schiller enflammait la jeunesse allemande. Une femme mariée, devenue amoureuse de Bollmann, s'étant déclarée prête à fuir avec lui, ilre* nonça à elle, raconte Vamhagen, et la ramena dans les bras de son mari, en lui adressant des paroles éloquentes. A la fin de 1790 il quitta Hayence et vint s'installer à Paris chez son oncle, un marchand anglais établi dans la capitale, afin d'être témoin des é vénements dont l'écho seul avait fait battre son cœur.

Ses impressions furent autres qu'il ne Tavaitpçnsé. Au lieu du paradis terrestre de ses rêves, il vit « au premier plan des hommes qui n'avaient rien à per-

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dre, des étrangers pour la plupart, qui arrivaient on ne savait d'où ; partout régnaient la désunion et la discorde, la misère et le mécontentement ». L'Assemblée nationale lui apparut comme « un chœur de furies, un ramassis d'hommes passionnés, ignorants, égoïstes et ambitieux » ; il distingua autant d'espèces de démocrates qu'il y avait de couleurs à la mode, vit que la plupart ne Tétaient que par entêtement ou par désespoir, et plaignit les partisans sincères de la Constitution, qui ne voulaient pas voir qu'elle était « un idéal irréalisable comme la République de Platon ». Ses impressions d'alors sont consignées dans une séiie de lettres adressées à son père et publiées depuis ^ Il raconte avec une ironie douloureuse comment le 10 Août lui coûta le plus grand nombre de ses clients, vieux chevaliers de Saint-Louis goutteux, qui furent tués ou qui moururent d'effroi. Lui-même et un de ses amis, qui parvint plus tard à s'enfuir par une cheminée, avaient été poussés à coups de piques au milieu de la mêlée. BoUmann se dit qu'il serait inutile de prétendre « travailler plus longtemps à empêcher la décomposition » ; il songea donc à trouver un nouveau champ d'activité loin de Paris, « où tous les établissements dlnstruction étaient désorganisés, et où l'on ne pouvait plus apprendre que le meilleur procédé d'amputer les têtes » . Le décret du 8 mars 1793 prescrivait en effet de dépouiller tous les établissements en question au profit des écoles élémentaires, de sorte que pendant des années il y eut

* * Kapp, Juste'Eric BoUmann,

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