‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 82 sur 280 · CHAPITRE TROISIEME I7I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME I7I

niiel dut se nommer à diffarentes reprises ; mais dès qu'il déclinait son titre de procureur de la Commune, on lui livrait respectueusement passage.

Arrivé à Tainbassade, il dit à M""* de Staèl qu'on lui expédierait un nouveau passeport, mais qu'il ne lui serait permis d'emmener avec elle qu'une femme de chambre ; un gendarme la conduirait jusqu'à la frontière. Le lendemain Tallien, qui vingt trois mois plus tard devait délivrer la France de Robespierre^ vint chez M°*« de Staël ; il était chargé par la Commune de l'accompagner jusqu'aux barrières de Paris. Quand il se présenta, elle était entourée de diverses personnes très compromises. Elle lui demanda de ne rien dire à leur sujet ; il le promit et tint parole. Elle monta dans sa voiture avec lui, et on se quitta sans avoir pu se dire mutuellement sa pensée ; la circonstance glaçait la parole sur les lèvres.

Dans les environs de la capitale, il y eut encore quelques difficultés dont elle se tira ; puis la tempête parut s'apaiser à mesure qu'on s'éloignait. Dans les montagnes du Jura, rien ne rappelait l'agitation dont Paris était le théâtre ; seulement on entendait dire partout aux Français qu'ils voulaient repousser les étrangers. « Je l'avouerai », dit M"*' de Staël en terminant son récit, « dans cet instant je ne voyais d'étrangers que les assassins sous les poignards desquels j'avais laissé mes amis, la famille royale, et tous les honnêtes gens de France » *.

La journée du 2 Septembre lui avait plus enlevé

^ M»ê de Staël, Considérations^ XIIT, 76.

encore qu'elle ne pouvait le soupçonner, en quittant le sol de sa patrie. Deux des meilleurs amis de son père, Montmorin et de Lessart, n*existsdent plus. Le premier, voué à la mort depuis longtemps comme ami de jeunesse de Louis XVI et comme fidèle compagnon de son malheur, avait été accusé de conspiration à la suite de la découverte des papiers des Tuileries, le 10 Août ; quoiqu'on eût bientôt reconnu l'inanité de cette accusation, on l'avait emprisonuéà l'Abbaye, où il avait trouvé la mort le 2 septembre. * En môme temps Fournier l'Américain reçut l'ordre de conduire d'Orléans à Paris, avec d'autres prisonniers, de Lessart accusé de haute trahison. L'ordre était signé par Roland, alors ministre de Tintérieur. Mais Fournier n'amena les prisonniers que jusqu'à Versailles ec ne les défendit pas contre la populace, qui les mit en pièces le 9 septembre ; il s'enrichit de leurs dépouilles. Cinq jours auparavant, le (ils de la duchesse d'Enville, qui avait été formé par elle aux pratiques de philanthropie « La Rochefoucauld, avait été égorgé sur la route de Gisors, aux portes de la ville. Sa mère, alors âgée de quatre-vingt treize ans, qui raccompagnait, fut couverte de son sang. Cette victime de la barbarie moderne avait jadis traduit un écrit de Franklin sur l'urbanité etla douceur des mœurs des tribus indiennes de l'Amérique sep* tentrionale !

Adrien Duport, le champion déterminé de la cause révolutionnaire, fut arraché par Danton aux mains

* Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur^ III, 16.

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