‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 83 sur 280 · CHAPITRE TROISIÈME lyS · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME lyS

de Harat et s'enfuit en Suisse* où il mourut sans avoir revu sa patrie. Bamave, qui depuis janvier 1792 vivait dans la retraite, posa après le 40 Août cette question embarrassante : « Les auteurs de la première Révolution voulaient une monarchie libre et limitée. Qu'ont voulu les autres? » . La réponse à cette question fut l'arrestation de son auteur ; sa tête tomba sur Téchafaud en 1793. Ce fut en songeant à lui et à tant d'autres qui confessaient courageusement leurs désillusions, qu'André Chénier, qui partageait leur manière de voir et devait partager leur sort, s'écria dans une sainte colère :

Mourir sans vider mon carquois 1 Sans percer, sans fouler, sans pétrir daus leur fange Ces bourreaux barbouilleurs de lois !...

Roland, dont la femme donna un dîner le 3 septembre, parla à table des événements de la veille comme de choses sur lesquelles il convenait de « jeter un voile ». « Je sais » , ajouta-t-il, « que le peuple est terrible dans sa colère, mais qu'il n'oublie jamais la justice ». Il lui fallut quinze jours pour se rendre compte que les gens qu'il dénonçait le 17 septembre à TAssemblée comme meurtriers avaient été investis par lui-même de pleins pouvoirs, et il dut confesser avec un repentir tardif qu'il ignorait à quels hommes il avait confié Texécution de ses ordres. *

Quelqu'un qui savait mieux à quoi s'en tenir était

* Mortimer-Ternaux, Histoire de la Terreur, III, 187, IV, 7-8 et 13.

Danton. Le comte de Ségur lui reprochant d* avoir organisé, lui, ministre de la justice, les massacres de Septembre, il répondit : « Monsieur, vous oubliez à qui vous parlez ; vous oubliez que nous sommes de la canaille ; que nous sortons du ruisseau ; qu'avec vos principes nous y serions bientôt replongés, et que nous ne pouvons gouverner qu'en faisant peur ! ». *

Cette expérience gouvernementale coûta la vie» en six jours et cinq nuits, à 171 prisonniers de l'Àbbaye, à 169 de la Force, à 223 du Chàtelet, à 328 de la Conciergerie, à 120 des Carmélites, à 73 de la tour Saint-Bernard, à 79 de Sainte-Pélagie, à 170 de Bicêtre, à 35 delà Salpé trière. Au nombre des victimes étaient 250 prêtres, 3 évéques, des officiers supérieurs, des juges, un ancien ministre, Montmorin, un membre des maisons de France et de Savoie, la princesse de Lamballe-Penthièvre. A côté des premiers noms de France se trouvaient ceux de femmes du peuple, de galériens, de vieux mendiants, 43 enfants de la basse classe, un nègre. * , « Comment fûmes-nous jamais assez aveugles pour supposer que le caractère français, tel que nous le connaissions, serait capable de liberté?», écrivait Romilly, qai, pas plus tard qu'au mois de mai précédent,avait appelé la Révolution « l'événement le plus glorieux de l'histoire ». '

* Général comte de Ségur, Histoire et Mémoires, I, 12.

* Taiae, La Révolution, II, 307.

* Romilly, Mémoires, II, 1 et 4. L eltre à Dûment, septembre 1792.

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