‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 84 sur 280 · CHAPITRE TROISIÈME Ijb · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME Ijb

Au milieu des émotions d'un tel moment, M"* de Staël donna le jour, à Coppet, à son second fils, Albert. La maison de Necker se remplit de fugitifs. Lui-même partage avec Malesherbes, revenu de Suisse à Paris à la suite du 20 Juin, l'honneur de s'être mis avant tout autre à la disposition du roi pour sa défense. La proposition de Necker à ce sujet est d'octobre 1792. La publication d'un mémoire écrit dans ce dessein eut pour conséquence de faire mettre sous séquestre toute la fortune qu'il possédait encore en France ainsi que l'argent avancé par lui au Trésor. * Il ne se livra pas à des plaintes vaines, mais prépara son livre Sitr la Révolution française, qui bien que moins important que son ouvrage sur le Pouvoir exécutif, est marqué cependant du sceau de l'expérience. Achevé bientôt après, il ne put pa- . raître qu'en 1796. La santé de M"*' Necker réclamait de plus en plus les soins de son mari ; il ne la quittait pas, et sa fille raconte qu'il restait souvent immobile des heures entières, pour la soutenir dans ses bras, car elle ne pouvait plus dormir la nuit et parvenait seulement à sommeiller ainsi de temps en temps. * Malgré son état. M™* Necker elle même ne se laissait pas abattre par les épreuves personnelles et par les tempêtes qui grondaient autour d'elle. D'une main mourante elle traça, en reconnaissance du

* M«e de Staël, Considérations, XÎIJ, 79. — Necker, Réflexions présentées à la nation française sur le procès de Louis XV L

« Ma* de Staël, Du caractère de M. Necker et de sa vie privée, XVir, 88.

bonheur conjugal qu'elle avait goûté, ses Réflexions sur le Divorce , destinées à défendre la famille comme base de toutes les institutions sociales. Elles sont dirigées contre la loi présentée par Condorcet et sanctionnée par la Gironde en septembre 1792, aux ternies de laquelle la simple déclaration des époux sufflsait pour obtenir le divorce. Quand en 1802 parut ce petit livre, le seul qu'elle ait écrit, le vicomte de Bonald le salua comme « une noble action », et Rœderer comme le meilleur argument en faveur de l'indissolubilité du mariage. Sainte-Beuve, qui retrouve dans cet écrit les défauts de Tauteur, le ton solennel et la déclamation, reconnaît pourtant que ces défauts sont rachetés par le langage d'une conviction sérieuse et le charme des tableaux. Le sujet inspire M"* Necker, dit-il. « C'était revenir à Philémon et Baucis, mais y revenir de la seule manière dont on le pouvait alors, à travers une certsdne déclamation. Celle-ci du moins est bien sincère ; elle se confond avec l'éloquence, et môme, en terminant, c'est quelque chose de plus, c'est une prière » . *

Tandis que la vie de H""'' Necker s'éteignait ainsi dans la douleur, mais sans troubler l'harmonie de sa nature, le calme présent, succédant aux émotions qu'elle venait de subir, pesait d'un poids insupportable sur sa fille. A l'abattement qui résulte ordinairement d'une tension nerveuse excessive se joignaient chez elle des motifs personnels de découragement. Elle voyait son père absorbé par les soins qu'il don-

* Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, IV, 259-260. — Rœderer, Œuvres, V, 129.

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