‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 86 sur 280 · CHAPITRE TROISIEME I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME I

était aux mains de la Commune insurrectionnelle du 10 Aoùtfdont les attributions passèrent complètement, le 2 décembre, à la Commune provisoire, qui à partir du 19 août 1793 jusqu'à la chute de Robespierre fut remplacée par la Commune de l'année de la Terreur. * Ces pouvoirs révolutionnaires avaient réussi à fsdre conQerletrès important portefeuille de la guerre, avec ses ressources financières, à l'un des leurs, Pache, allié de l'extrême gauche du jacobinisme, de Marat, deChaumette, d'Hébert, et qui ouvrit, relativement à l'armée, la seconde phase delà Révolution. Lui et son parti attachaient infiniment plus d'importance à l'organisation delà démagogie armée qu'à celle des troupes régulières, et un général heureux comme Dumouriez, quand bien même il n'eût pas été un intrigant politique, leur semblait incomparablement plus dangereux que les armées ennemies. L'instinct de conservation, qui leur faisait exiger la condamnation du roi, poussait d'une part la Gironde, qui espérait en ^ain se sauver par là, de l'autre la Montagne, qui ne pouvait garder la puissance qu'à ce prix, à anéantir tous ceux qui ne se soumettaient pas aveuglément à leur tyi-annie.

Ce qui répondait aux vues des maîtres actuels de la France, ce n'étaient pas les victoires de Jemmapes et de Valmy, mais le révolutionnement des basses classes et la contribution à lever sur ceux qui possédaient, d'abord en Belgique, puis dans les pays conquis. Au point de vue de la politique intérieure, Ro-

* Mortîmer-Ternaax, Histoire de la Terreur, II, 239 et sqq., V, 102, 180, VII, 473, VIII, 1 et sqq.

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bespierre triompha de l'éloquence stérile de la Gironde, en ce qu'il assura non seulement Fimpunilé aux crimes de Septembre, mais réussit à les faire glorifier, et en esquissant à Tavance, par son célèbre discours de décembre 1792 dirigé contre la propriété, le programme socialiste moderne. ^

A Textérieur plus encore qu'à Fintérieur il avait à compter avec une autre influence, celle de Danton. « Tout ira bien », dit un jour celui-ci, « tant qu'on dira : Robespierre et Danton. Malheur à moi, si jamais on disait Danton et Robespierre ». *

Ce moment semblait approcher.

Le ministre de la justice du 2 Septembre, maintenant démissionnaire, poursuivait des plans qui n'excluaient pas une entente avecDumouriez et en attendant protégeaient celui-ci contre la haine des Jacobins. Le 30 novembre, avec trois de ses collègues, Danton, en qualité de commissaire de la Convention, s'était rendu en Delgique auprès du général, pour examiner ses plaintes au sujet de l'administration de • l'armée et pour préparer l'incorporation de la Belgi- i

que, conformément au programme de la nouvelle po- i

litique de conquête substituée à la simple propagande. |

C'est de ce côté que le baron de Staël tourna ses regards. Comptant sur ses relations avec Danton, il avait consenti à se rendre en mission secrète à Paris, en vue d'obtenir des subsides pour le maintien de la neutralité de la Suède dans la lutte contre la

' Hamel, Histoire de Robespierre, II, 549-552, 681 et sqq. — Mortirner-Ternaux, Histoire de la Terreur, l\\ 388. * Necker, De la Révolution française, X, 39.

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