‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 89 sur 280 · CHAPITRE TROISIÈME l · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME l

tions insultantes adressées par les Jacobins au gouvernement anglais eurent touché aux intérêts du pays. * Mais tandis que le gouvernement ne 3e décidait qu'en hésitant, et après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, à intervenir enfin dans les complications du continent, le sens politique anglais ne prenait plus le change sur les vraies intentions du parti révolutionnaire.

La nation britannique avait accepté la chute de la monarchie et se serait entendue avec un gouvernement français républicain. Mais le 10 Août détruisit ses sympathies, et après les journées de Septembre^ après le décret du 15 décembre, qui déclarait la guerre à l'ordre européen tout entier, après le procès du roi et l'interprétation du Contrat social pdx les Jacobins, les aspirations et les espérances qui avaient salué l'aurore de 1789 firent place au dégoût et à l'indignation. La désillusion fut d'autant plus complète, que le peuple anglais, en dépit des avertissements de Burke, avait continué de croire que le but auquel tendait la France était la liberté. * C'est ainsi que James Mackintosh, entre autres, avait publié en 1791 la meilleure de toutes les réponses faites au livre de Burke, les Vindicte gallicœ^ que le duc de Chartres, le futur roi Louis-Philippe, traduisit en français. Deux années s'étaient à peine écoulées, • que Mackintosh abandonnait sa manière *de voir pour se ranger à celle

* Lecky, History of Etigland in the XVlll cenlury VI, 2, 4, 7; 13-14, 32, 131-134.

8 Lecky, History of Englandin the XVIII century.Vlybi-lb.

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de son illustre adversaire, qui, suivant le mot de Fox, « avait eu trop tôt raison ». ^

L'opinion publique avait passé si complètement du côté de Burke, qu'elle accusait maintenant Pitt d'une lenteur coupable dans ses préparatifs contre la France. On se rappelait combien les La Fayette, les Noailles, et tant d'autres champions de la liberté, s'étaient montrés peu reconnaissants envers l'Angleterre de l'accueil hospitalier qu'ils en avaient reçu lors de leur passage en Amérique ; on ne se sentait pas moins blessé par les critiques pleines d'animosité qui tombaient sans ménagement des lèvres de l'ambassadeur de France, Gbauvelin, et de ces mêmes fugitifs dont on s'efforçait d'adoucir l'infortune. ' Le diplomate danois Rist parle dans ses Mémoires du (c mécontentement sombre presque désespéré contre leur propre pays qui s'associait chez les émigrés à une hostilité railleuse contre l'hospitalière Angleterre », et qui lui avait fsdt, à lui étranger, la plus pénible impression. •

Pour apprécier la tâche que se proposait la charité anglaise à l'égard des émigrés français, il convient de se rappeler que pas moins de huit mille prêtres catholiques étaient venus demander asile à l'Angleterre. Lady -Buckingham, pour sa part, avait donné de

^ D'' Burney, Mémoires^ IIL Jugement de Fox sur Burke,

' Lord Auckland, Journal and Correspondence, II, 421, 447. — Lecky, History of Bngland in the XVIIlceniury^ VI, 112, 123.

» * RUt, Mémoires, I, 387.

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