‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 93 sur 280 · CHAPITRE TROISIÈME igS · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME igS

L'intérêt des Anglais qui visitaient Juniper Hall se concentrait sur Talleyrand. Le 10 Août avait terminé du coup sa situation officielle. De plus, il était personnellement compromis par la copie d'une lettre trouvée dans l'armoire de fer, que lui avait adressée, le 22 avril 1791 , l'intendant de la liste civile, La Porte, et qui donnait à entendre que Talleyrand s'était vendu à la cour comme agent secret. Tandis qu'il niait l'authenticité de cette lettre, ses ennemis affirmaient qu'il avait racheté Toriginal de Danton luimême. Ce qui est constaté, c'est qu'un passeport, qui lui fut délivré parce dernier, rendit possible sa fuite en Angleterre ; elle eut lieu le 18 septembre 1792. Talleyrand informa de son retour le ministre des affaires étrangères, lord Grenville, en ajoutant que ce qu'il cherchait, c'était le repos et la sécurité dans un pays libre ; il se mettait par la même occasion à la disposition du cabinet anglais pour toutes les informations que celui-ci désirerait avoir sur la France. On ne répondit point à cette offre, et Talleyrand dut se contenter de ses relations avec l'opposition, avec Fox et lord Lansdowne surtout *.

Les rapports secrets avec la cour, dont l'accusaient les Jacobins^ ne le mirent pas à l'abri des imputations des royalistes, qui le traitaient de renégat. Son ami Dumont parle de lui, dans ce temps-là, comme d'un homme pâle, ayant de l'embonpoint^ avare de paroles, la voix singulièrement forte et profonde, l'atti*

* Bulwer, Life of Talleyrand, Il6-i3l. — Lecky, Risiory of Bngland in the XV 111 cenlw^, VI, 47.

1 tude extrèmament calme ^ Ses intimes Goanainsaîent

}l un autre Tatleyrasâ, vif, gai, spiritueU aniitté du

désir de plaire. Pour secourir ses compagnons d'in^ fortune, il vendit la dernière chose qu'il possédât, sa petite bibliothèque, et M*"* de Staê), sans craiBte de contradiction, a pu le nommer « le meilleur des hommes», « un caractère méconnu », conme elle récrit à Meister. 1) lui parlait de son intention de se battre contre les JacobÎDsS corrigeailsa déclamation, examinait la première ébauche de son écrit sur V/mfluenee de^ passionSy et assurait d'autre part à miss Burney que la lecture à'Eveiina et de CâBcUiale dé* dommageait des déceptions de l'ambition.

BoUmann, qui était revenu de Paris siurces entrefaites, revit aussi M"""" de Staël. Elle dut faire la paix entre hii et Narbonne, qui avait bleessé la Atii' catesse de son sauveur en lui assurant une r^ite viagère ^. Cette rencontre eut lieu à Londres, au mois de juin, et BoUmann en parle longuement.

« Causons seuls, me dit M*""* de Staël en me prenant par le bras. Nous descendîmes l'escalier pour monter en voiture, car elle se disposait à faire une visite indispensable. Au moment où la portière allait se refenner sur nous, l'envoyé de Genève vint pour lui faire visite ; elle M offrit également une place dans sa voiture. Quand celle-ci fut arrivée à destination, l'envoyé en descendit avec I M** de Staël, qui me pria de latteodre et me laissa

i* * Du mont. Souvenirs^ 361-302.

% ' ^ Mm» d'Arblay, Diary and letters, V, 401, 403, 412

» * F. Kapp, Juste-Eric BoUmann, 116 et 136.

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