‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 96 sur 280 · CHAPITRE TROISIEMB I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEMB I

1791, d'ofiDnr lliospitalité à M"* Du Barry, se trou- ▼èrent aggravés, rdaUvement à M** de Staël, par la ^▼ergence des opinions. En Angleterre, la fiUe de Neckër se rit exposée non seulement à des mortifications personnelles, mais enoore au reproche de ja« cobiiûsne, A Strawberry Hili on citait le Dante :

O Francift, Francw, vituperio delU gente 1 *.

Le courage de miss Burney ne résista pas non plus aux difficultés de la situation faite à son amie. Elle plia devant l'arrêt de l'opinion publique, malgré ses quarante ans passés, sa position de dame d'honneur et d'écrivain de renom, et un caractère qui aux yeux de Sophie Laroche « était un véritable idéal de douceur et de liberté d'esprit ».' L'^maitié enthousiaste qu'elle avait d'abord vouée & Af^"" de Staël fit place, sous l'influence des siens, à une réserve glaciale, et l'iadination de celle-ci pour H. de Narbonne, qu'elle avait qualifiée au début ce une amitié pure, exaltée et élégante», devint l'objet de ses censures. M"* deStaël, tout en pensant que miss Burney « montrait l'inexpérience d'une fillette de quatorze ans », ne se fâcha point. Elle chercha au contraire à se disculper, dans une lettre écrite cette fois en français, des imputations que la haine de parti, impuissante désormais à lai nuire politiquement, dirigeait maintenant contre

« * Mî«s Berry, Journal and Corresponâence, I, 134, 251, 297, 446. — Forneron, Histoire des Emigrés, I, 214.

* * Sophie Laroche, Vûya^ en HoUande et en Angleterre^

sa vie privée. On dira à miss Buraey, écrivait-elle, que je suis démocrate, et on oubliera d'ajouter que mes amis et moi, nous avons échappé à grand'peine au couteau des Jacobins. On lui dira aussi que je porte aux choses politiques un intérêt passionné, et on passera sous silence que M. de Staël me demande en vain de venir à Paris me mêler des affaires publiques. Au reproche d'être venue partager pendant quelques mois, en Angleterre, le sort d*un ami sauvé par elle, M"® de Staèl répond que le moment est mal choisi pour parler de soi et défendre sa propre cause. Elle s'engage à confronter la calomnie dans un moment plus calme : « Conservez-moi votre amitié >s ainsi finit cette lettre, « dussiez-vous attendre d'autres temps pour la professer »*.

Le 1 1 mai, faisant allusion à la fois et à la bonté de miss Burney pour les émigrés français et à la tournure qu* avaient prise leurs relations mutuelles. M"** de Staël citait deux vers de Voltaire un peu modifiés pour la circonstance :

Dn sentimeat est cent fois au-dessus Et de l'esprit et de la bonté même.

EUe n*eû était pas moins prête à oublier et à pardonner, et eût désiré ne pas s'éloigner de son ancienne amie sans lui faire ses adieux. Mais miss Burney ne reparut plus, ce qui n'empêcha pas M"*' de Stai'l de lui adresser plus tard, de Coppet, ses féli-

> M"»" d'Arblay, Diary and letlers, V, 430. M»« de Staél à M-^^ D'Arblay, 8 mars 1793.

Page 1