‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 97 sur 280 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

citations et ses vœux à roccasioQ de son mariage avec M. d'Arblay. * Seule, la sœur de miss Bumey, M^' Pbilipps, sut rester indifférente aux jugements du monde et d'autant plus fidèle à Tamitié de M"' de Staël, qui prit congé d'elle avec larmes. *

Le baron de Staël, qui n'avait pas quitté Paris, parut toucher enûn à son but. Les dissensions croissantes au sein des puissances de la coalition diminuaient le danger d'une action contre la Suède, au cas où celle-ci s'entendrait avec la France. En conséquence, après la rupture entre Danton et la Gironde et la création du Comité de salut public, où Danton régnait en maître, Staël reprit, îiu mois de mai, les négociations avec le ministre de l'intérieur Lebrun. Le 17, on convint d'un projet de traité, aux termes duquel la Suède s'obligeait à armer dix vaisseaux de ligne et huit mille hommes, et recevait en échange des secours d'argent considérables. A Stockholm, on manifesta son approbation en renouvelant les prohibitions antérieures contre le commerce des neutres, ce qui portait une grave atteinte aux intérêts anglais en particulier. Un courrier spécial fut expédié en Suède avec le texte du traité. Il était à peine arrivé dans la capitale de ce pays, que la chute de la Gironde, l'arrestation de Lebrun et la domination de la démocratie extrême firent échouer une fois de plus cette affaire. Le régent de Suède lui-même en effet ne pouvait songer à traiter avec Marat. Il prit donc un

« M-« D'Arblay, Diary and letlers, V, 431, 433. M«« de Staël à miss Bumey, 11 mai, 9 août 1793. « M"« d'Arblay, Diary and letlers, V, 414.

moyen terme et demanda, pour se couvrir vis-à-yis les puissances européennes, la mise en liberté de la reine et de ses enfants. Cette demande n'av«dt rien de chimérique, â Ton se rappelle que, vers cette époque, deux diplomates français, Maret et Semonviile, avaient été chargés par le Comité de salut public d'offrir la vie de Marie-Antoinette en échange de Tamitié des cours de Napies, de Venise et de Florence, et que Danton lui--mème aurait voulu la sauver, s'il avait pu le fsdre sans exposer sa propre vie. * Staël, retenu à Paris dans ces circonstances, pria un de ses com« patriotes d'aller au-devant de sa femme jusqu'à Ostende, et de l'accompagner à Coppet. Il l'y rejoignit bientôt et y demeura jusqu'à la fin de Tannée. ' M"* de Staël quittait l'Angleterre avec des regrets et des sympathies qu'elle exprimait à M" Phîlipps datts un mot d'adieu intitulé Norbury Park.

« Douce image de Norbury, venez me rappeler qu'une félicité vive et pure peut exister sur la terre ! . . . Dans cette retraite, que la volonté des possesseiurs rend obscure, que le jugement des hommes éclairés, que la reconnaissance de ceux qui souffrent doit il* lustrer, j'ai trouvé quelque temps un asile loin des crimes de la France et des préjugés que l'horreur qu'ils doivent causer inspirent à tous ceux qui n'ont

* * Sybel, Histoire de V Europe pendant la Révolution française, II, 268, 310, 316. — LéoQzon Le Duc, Côrrespmdanee diplomatique du baron deSlaèl, introduction, et 259.

* M»» de Staël à Meister, Nyon, 21 décembre (793. Lettres inédites en la pcesesBioB de M. le docteur Th. Reinhart.

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