‹ Madame de Stäel et son temps (1766-1817), avec des document inéditsChapitre 98 sur 280 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

pas la force de réâster aux extrêmes contraires. Le respect, Tenllioasiasine dont mon âme est remplie en contemplant l'ensemble des vertus morales et pditiques qui constituent l'Angleterre ; l'admiration d'un tel spectacle, le repos céleste qu'il me faisait goûter ; ces sentiments, si doux et si nécessaires après la tour- Imente de trois ans de révolution, s'unissent dans mes souvenirs aux respectables amis, an délicieux séjour près desquels je les ai éprouvés.

<c Je les remerde de quatre mois de bonheur échappés au naufrage delà vie ; je les remercie de m'avoir aimée.... Lorsqu'un sentiment mélancolique porterait à se lasser de combattre les injustes attaques des fureurs de l'esprit de parti, l'on se rattache à soi comme à l'objet de suffrages si purs, l'on se défend encore pour honorer ses amis ». « V

Les déboires que lui avait fait essuyer la société anglaise n'égarèrent point le jugement de M™« de Staël sur la patrie de Watt etd'Artwright, de Burke et d'Adam Smith, de Wîlberforce et de Pitt. Le pays dont la grandeur reposait sur les solides assises des institutions libres, lui apparut comme l'expression la plus complète de la civilisation européenne, et les impressions d'alors revécurent dans les descriptions de Corinne. M"*de Staël fut moins perspicace à l'endroit du mouvement littéraire et reconnut plus tard seulement que le romantisme, qu'elle devait contribuer à inaugurer en France, se préparait déjà dans la

« M** d'ArMay, Diary and leUerSy V, 433.

littérature anglaise de cette fm de siècle. Sous l'influence de Samuel Johnson surtout, la critique continuait, il est vrai, à défendre les formules anciennes, derrière lesquelles se retranchait, dix ans plus tard, la critique française, sans tenir compte du fait que la production poétique nouvelle s'était inspirée à d'autres sources et avait retrouvé, par la contemplation de la nature, la voie de la simplicité et du naturel.

Un incident décisif sous ce rapport fut T interprétation, et pour ainsi dire la résurrection de Shakespeare, due aux grands tragédiens GarricketMacklin, John Kerable et M" Siddons. En 1793, Cowper, Crabbe et Burns étaient les poètes admirés ; Walter Scott, qui s'ignorait encore, avait vingt-deux ans, Byron était un enfant, Wordsworth et Southey étaient à peine connus. On lisait surtout Fielding, Sterne, SmoUett, Gray et Goldsmith. Le futur auteur de René et d*Atala trouvait Richardson « oublié à bon droit», car seuls, ajoutait-il, les maîtres du style méritent de vivre, et le romancier de Grandisson et de Clarisse ne peut être rangé parmi eux \ M"' de Staël ne pensait pas ainsi et vantait comme un chef-d'œuvre ce dernier ouvrage, qui avait servi de modèle à la Nouvelle Béloïse. »

Chateaubriand et M""* de Staël, destinés tous deux à inaugurer le siècle par une littérature nouvelle, ne se rencontrèrent pas sur la terre étrangère. Malade, ruiné, presque mourant, le soldat de l'armée de Gondé débarqua le 21 mai 1793 à Southampton ; peu

* Chateaubriand, Mémoires d^utre-Tombe, H, 147.

3 Thomas Moore, Lelters andjoumals of lord Byron, 116.

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