‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 102 sur 341 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

qaality ofgenius, to lead us in our ripe days as love in the green ones, wheresoever it will», écrivit-il à Coppet. Puis il continue dans le ton qui lui est habituel : « Je regrette que votre lord écossais, par ce beau clair de lune, n'ait pas été un peu plus entreprenant. Je me rappelle avoir entendu parler d'une pauvre jeune Allemande que les médecins avaient condamnée. Alors elle se prit à pleurer amèrement: Non, non, je ne puis pas encore mourir, il faut qu'auparavant je me marie un peu. En vérité, pourquoi faut-il que le monde perde Corinne ll » .

La nouvelle génération, plus sérieuse, formula son jugement par la bouche de James Mackintosh. Il était alors aux Indes et écrivit de Bombay : « Je lis lentement Corinne, pour prolonger ma jouissance, et je vois avec terreur que cependant le livre sera bientôt parcouru... Adieu, création puissante et originale dont les défauts sautent tellement aux yeux qu'il ne vaut pas la peine de les énumérer, et dont quelques phrases éveillent néanmoins plus de sentiments et de pensées que les modèles littéraires les plus impeccables ! L'intrigue du roman n'a d'autre objet que de révéler le monde intérieur. Un épisode a atteint tout son but, s'il a produit un sentiment passionné. Même alors cependant on voit ce que l'auteur aurait pu faire, si elle avait donné carrière dans cette direction à son talent. L'anatomie des passions et des caractères a été de tout temps pour moi un objet d'étude si préféré, que je lui par-

1 Jared Sparks, Life of Gouverneur Morris, III, 248, 18 janvier 4808.

donne même ses exagérations. Ce n'est pas que je puisse ou veuille nier qu'un don d'observation trop subtil mène à des conclusions qui sont justes seulement dans certains cas, et qui, dans d'autres, pourraient aussi bien être toutes dissemblables. Dans les descriptions, d'ailleurs, Mmo de Staël est souvent aussi exacte et aussi sûre que l'observateur le plus froid. Ses tableaux de la médiocrité, de l'ennui, de l'étroitesse monotone, qui ne produiront jamais que l'envie et Ja jalousie ; de la supériorité intellectuelle, qui est crainte et haie, mais point comprise; de l'intelligence et de l'esprit, condamnés à s'éteindre dans l'air suffocant de la sottise, combien tout cela est vrai 1 Et ensuite, avec quelle habileté les remarques d'Oswald aussi bien que le jugement modifié de Corinne elle-même, après un second séjour en Allemagne, corrigent l'impression défavorable des descriptions de la vie de province du Northumberland, et comme cette femme remarquable s'entend, d'autre part, par les restrictions des derniers chapitres, à ramener à la mesure de la vérité l'enthousiasme du début pour l'Italie ! ' » .

11 convient de citer le jugement d'un autre Anglais, celui de lord Byron. Sur la dernière page de l'exemplaire de Corinne appartenant à la comtesse Guiccioli, il écrivit quelques mots de tendresse pour celle qu'il aimait. Puis il ajouta au sujet de son livre de prédilection : « J'ai bien connu Mme de Staël, mieux qu'elle ne connaissait l'Italie. Mais j'étais bien loin alors de soupçonner que je penserais jamais avec ses 1 Sir James Mackintosh, Mémoirs of his life, I, 405 et 499.

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