‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 119 sur 341 · CHAPITRE TROISIÈME 23y · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME 23y

ce triomphe de la force brutale et des moyens auxquels elle devait recourir. Dans l'automne de 1807 il vint retrouver son père à Coppet, pour aller remplir de là les modestes fonctions de sous-préfet à Bressuire, dans le Poitou, l'Empereur voulant le punir ainsi de ce que, à Berlin et à Varsovie, en Silésie et en Pologne, il n'avait été qu'à contre-cœur l'instrument de son oppression. Le séjour en Poitou fut fécond pour son activité littéraire. Au château de Clisson, non loin de Bressuire. il connut la marquise de La Rochejaquelin, veuve de Lescure, le chef héroïque de la Vendée, qui s'entretint avec lui de ce grand passé et lui communiqua les manuscrits des Mémoires qui, pour le fond comme pour la forme, sont une des perles de la littérature royaliste et dont la rédaction lui fut confiée. Coppet à son tour exerça sur lui son influence littéraire. Inspiré par le livre de Mme de Staël, Prosper de Barante publia un écrit sur la littérature française au dix-huitième siècle l. Ce livre obtint une popularité méritée et fut comme le commentaire du mot connu de Bonald : « La littérature est l'expression de la société et responsable à son tour de ses destinées » . De ce point de vue, le dix-huitième siècle était jugé par l'auteur avec indépendance, son œuvre envisagée comme terminée, le passé rétabli dans ses droits et les solutions de l'avenir réservées à des forces nouvelles.

1 Tableau littéraire du dix-huitième siècle, 1809. Reproduit depuis sous ce titre: Tableau de la littérature française au dix-huitième siècle.

Puissamment captivée par le courant d'idées du livre, Mme de Staël lui consacra une critique. Citons-en les principaux passages.

« Dans l'ouvrage que nous annonçons », dit-elle, « la littérature du dix-huitième siècle est considérée sous un point de vue général ; plusieurs auteurs y sont jugés avec une sagacité profonde : mais c'est surtout la question principale qui y est approfondie dans tous les sens. Cette question consiste à savoir s'il faut accuser les écrivains du dix-huitième siècle des malheurs de la Révolution, ou si leur tendance était bonne et leurs intentions pures. L'auteur cherche à prouver que leurs erreurs étaient le résultat des circonstances politiques dans lesquelles ils se sont trouvés, de ce relâchement des principes sociaux, préparé par la vieillesse de Louis XIV, la corruption du Régent et l'insouciance de Louis XV. Mais il croit voir un sincère amour du bien dans le désir général qu'éprouvaient alors les hommes éclairés d'accomplir ce bien par les lumières... L'on aime à voir dans les opinions et dans le caractère du jeune écrivain un heureux mélange d'autorité dans les principes et d'indulgence pour les hommes ; mais ce qui domine avant tout dans ce discours, c'est l'esprit français, l'amour de la patrie ; on sent que le mot de France est tout-puissant sur celui qui l'écrit ; il se le prononce à lui-même avec délice. La vieille France parle à son imagination, la France de Louis XIV satisfait sa fierté ; la France du dixhuitième siècle occupe sa pensée, et la France des premiers jours de la Révolution lui semble s'élever

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