‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 120 sur 341 · CHAPITRE TROISIEME 2DO · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME 2DO

à la hauteur de l'éloquence et de l'enthousiasme des peuples libres. Ce patriotisme de sentiments et d'idées fortifie l'esprit public et donne au talent d'écrire une puissance nationale....

« Nous faisons peut-être tort à cet ouvrage, où il y a des pensées à chaque ligne, en en indiquant quelques phrases. Les morceaux brillants de l'enthousiasme peuvent être détachés : mais une force contenue, une réserve animée, des réflexions qui supposent beaucoup d'autres réflexions, des connaissances qu'on aperçoit, et d'autres en plus grand nombre qu'on devine ; tout cela doit être lu depuis la première ligne jusqu'à la dernière.... D'ailleurs l'auteur de cet écrit se destinant à la carrière de l'administration, il a pris de bonne heure cet esprit de justice et de discernement qui convient surtout à la littérature philosophique et à celle qui n'entre point dans l'empire des fictions, dans cet empire où il faut donner la vie, et avec elle toutes les passions qui la signalent...

« On pourrait désirer que l'auteur s'abandonnât plus souvent à ses propres mouvements. Se retenir n'est pas toujours de la force ; et, bien qu'on sente dans l'ouvrage de M. de B. plus de chaleur qu'il n'en montre, on voudrait qu'il dît plus souvent ce qu'il laisse deviner. Son cœur et ses principes sont extrêmement religieux, mais sa manière de voir semble quelquefois empreinte de la doctrine de la fatalité : on dirait qu'il ne croit pas à l'influence de l'action, et qu'avec beaucoup d'esprit il dit pourtant comme Termite de Prague, dans Shakespeare, ce qui est est*

Il est possible que le dix-neuvième siècle prenne ce caractère de résignation à la force des circonstances, que les faits tout-puissants dont nous avons été les témoins peuvent inspirer. Néanmoins, quand un homme s'annonce avec la supériorité de M. de B., on est tenté de lui demander une direction positive. Le devoir, répondra-t-il. Oui, le devoir dans la vie privée, dans les emplois publics dont le but est déterminé ; mais, dans la route sublime de la pensée, ne faut-il pas que l'impulsion nous vienne d'un caractère enthousiaste? Ne faut-il pas être partial pour ou contre, louer trop, blâmer trop, enfin posséder en soi-même un mouvement et une volonté assez forte pour la communiquer aux autres ?

« Le dix-huitième siècle énonçait les principes d'une manière trop absolue ; peut-être le dix-neuvième commentera- t-il les faits avec trop de soumission. L'un croyait à une nature de choses, l'autre ne croira qu'à des circonstances. L'un voulait commander l'avenir, l'autre se borne à connaître les hommes. L'auteur du discours dont il s'agit est peut-être le premierqui ait vivement pris la couleur d'un nouveau siècle. Il se détache et s'élève au-dessus des temps qui ont été contemporains de son enfance ; il est la postérité dans ses jugements ; mais, quand il voudra créer à son tour, il aura affaire à un avenir aussi, il sentira le besoin, il développera les moyens d'exercer une influence vive et décidée ».

Quand Mme de Staël accompagnait en termes si chaleureux son jeune ami sur le seuil de la publicité, elle ne soupçonnait pas qu'une partie de l'œuvre de

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