‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 126 sur 341 · CHAPITRE TROISIÈME 25 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME 25 I

tout amollissement, qu'elle lui parut par cela même préparée à tous les sacrifices pour le bien de la patrie l. L'empereur François célébrait alors par de grandes solennités son mariage avec sa troisième épouse, Marie-Louise d'Autriche- Este, et son attitude pleine de prévenances envers la fille de Necker, que celleci reporta d'un cœur reconnaissant à la mémoire de son père, détermina aussi celle de l'ambassadeur de France, Andréossy, qui eut toute sorte d'attentions pour elle. Le faste, les fêtes et l'accueil hospitalier qu'elle reçut dans les cercles officiels ne purent cependant lui donner le change sur l'immobilité de l'atmosphère intellectuelle dans la capitale de l'Autriche à l'époque comprise entre les années 1805 et 1809. L'expérience tentée par Joseph n'avait pour ainsi dire pas laissé de traces dans ses pays héréditaires. Ce résultat ne pouvait pas uniquement être attribué à cette circonstance, que ses successeurs avaient abandonné son œuvre. Au cours de ses leçons sur l'histoire moderne, faites à Vienne en 1810, Frédéric Schlegel, entre autres, a trouvé, pour l'expliquer, une raison plus profonde. Les réformes de Joseph II, dit-il, avaient été opérées sans le concours de la nation, sans l'approbation de l'opinion publique 2. Avant Frédéric Schlegel, Mme de Staël avait porté dans L'Allemagne un jugement semblable, emprunté peut-être à ses conversations avec lui. Une partie du passage relatif

1 L'Auteur des Souvenirs de MmeRécamier, Coppet et Weimar, 113, 115. Mm* de Staël à Mm« Récamier, décembre 1807 ; à la duchesse Louise, Vienne, 19 janvier 1808.

* * Frédéric Schlegel, Leçons sur Chistoire moderne, XIX.

à l'empereur Joseph : « Il réussit momentanément dans ce qu'il voulait, parce qu'il ne rencontra point en Autriche de passion vive, ni pour ni contre ses désirs ; mais après sa mort il ne resta rien de ce qu'il y avait établi, parce que rien ne dure que ce qui vient progressivement », une partie de ce passage, disons-nous, fut supprimée par la censure napoléonienne, qui ne laissa pas non plus passer cette remarque : « Les bases de l'édifice social, en Autriche, sont bonnes et respectables, mais il y manque un faîte et des colonnes pour que la gloire et le génie puissent avoir un temple 1 ».

Toutefois, l'opiniâtre force de résistance du vieil empire ne fit jamais mieux ses preuves que dans la façon dont il surmonta les conséquences des défaites de 1805 et prépara les événements de 1809. Tandis que l'empereur Alexandre, « ce maître dans l'art de se duper lui-même* », sacrifiait, dans la période de Tilsitt à Erfurt, sous le joug de l'alliance napoléonienne, les intérêts de la civilisation en Europe aux rêves de la politique d'agrandissement en Orient et que la Prusse se vit forcée d'abandonner sa ressource suprême, le seul homme qui lui restât encore, le baron de Stein, Stadion, le ministre de l'empereur François, et l'archiduc Charles, son général, ne se dissimulaient pas quel coup d'audace énorme ils tentaient quand, seuls sur le continent européen, ils se livraient aux préparatifs de la prochaine guerre contre la France. La situation, dans l'Empire, était devenue si grave et si précaire, que la bouche popu-

1 Mme de Staël, De l'Allemagne, Impartie, chap. 6 et 7.

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