‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 129 sur 341 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Clary, les comtesses Palfly et Spiegel, et de sa petitefille Christine, la future comtesse 0' Donnell. Tandis qu'on servait un frugal repas ordinairement composé de poulets maigres avec des épinards et des œufs, le maître de la maison revenait à ses souvenirs, aux événements dont il avait été témoin depuis Louis XV, et aimait à comparer les batailles de la guerre de Sept ans à celles de l'Empire *. « Le prince de Ligne. . . est véritablement aimable et bon par excellence», écrivait Mme de Staël à Mme Récamier. « Il a les manières de M. de Narbonne et un cœur. C'est dommage qu'il soit vieux ; mais j'ai pour cette génération un attendrissement invincible 2 » .

En fait d'anciennes connaissances, Mme de Staël retrouvait encore à Vienne le prince Auguste d'Arenberg, comte de La Marck, l'ami de Mirabeau, et le ministre-diplomate comte Louis de Cobénzl. Parmi les célébrités autrichiennes elle connut le poète Collin, l'orientaliste Hammer-Purgstall, l'historien Hormayer, le médecin baron Türkheim et le colonel baron Steigentesch, véritable enfant de Vienne, qui composait des comédies et menait de front des négociations diplomatiques, comme l'avait fait avant lui un autre officier, le feld-maréchal d'Ayrenhoft, lequel vivait toujours et était l'auteur apprécié de tragédies en style classique et de la comédie intitulée La Diligence, qui avait ravi le grand Frédéric lui-

1 Duc de Broglie, Souvenirs, I, 85-87. « * L'Auteur de9 Souvenirs de Mm« Récamier, Coppet et Weimar, 113.

même. Le goût d'ailleurs très modéré des Viennois pour les femmes d'esprit trouvait à se satisfaire dans le commerce avec les dames de la maison de Ligne et quelques autres des grandes daines qui avaient été de l'intimité de l'empereur Joseph. Une autre femme d'esprit qui avait réussi à se faire une position à Yienne était Marianne Meyer, baronne d'Eybenberg, israélite convertie, née à Berlin, qui avait épousé un prince de Reuss, et dont l'esprit et la beauté avaient excité l'admiration de Goethe. Mme de Staël la rencontra souvent dans les salons aristocratiques de la capitale et la détermina à écrire son propre portrait. Toute cette société, qui collabora plus tard, en 1812, au Musée allemand de Frédéric Schlegel, se groupait volontiers autour de Caroline Pichler, qui parle de Mme de Staël dans ses Tableaux de l'époque. Elle nous la dépeint, à l'occasion d'une fête, se montrant aux Viennois dans une robe de satin couleur d'or parée de diamants, un oiseau de paradis dans les cheveux et sur les épaules un léger fichu de blonde ; elle était accompagnée de Guillaume Schlegel et de ses enfants, une toute jeune fille charmante et un garçon à la chevelure bouclée *. Elle jouait aussi des pièces de théâtre, principalement pour faire plaisir au prince de Ligne, qui s'acquittait lui-même de petits rôles, tandis qu'elle interprétait Philaminte dans les Femmes savantes^ représentation à laquelle le comte Louis de Cobenzl prit une part active et qui confirme sa réputation de comédien accom-

1 * Caroline Pichler, Tableaux de l'époque, II, 144-146.

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