‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 134 sur 341 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

drais qu'on le traduisît '». Ce fut Mme Necker de Saussure qui se rendit à ce vœu et publia en français, en 1814, les leçons de Schlegel.

Dans l'intervalle, Sismondi aussi avait profité du printemps pour faire à Vienne une courte visite à Mmo de Staël, et il paya l'hospitalité autrichienne par un mémoire sur les finances de l'Empire 2. En avril, le jeune Albert de Staël était entré à l'école militaire de Vienne, et six semaines plus tard sa mère reprenait pour la seconde fois , en compagnie de Guillaume Schlegel et de Sismondi, le chemin de Weimar. Presque immédiatement après leur départ, Frédéric Schlegel, appelé par Metternich, arrivait à Vienne. Par ses proclamations contre Napoléon, rédigées avec Gentz, par le Journal de l'armée de 1809 et l'Observateur autrichien , et , littérairement , à l'aide de différentes brochures et de ses leçons sur la littérature, son œuvre capitale et la plus mûrie, il contribua à déterminer le ton et la direction de la vie intellectuelle de l'Autriche d'alors. La connaissance que fit Mme de Staël de Gentz, à son passage par Teplitz, compléta les impressions qu'elle avait reçues à Vienne et acheva de lui faire comprendre dans quel esprit on s'y préparait à un prochain avenir.

Après Austerlitz, Gentz avait, dans sa douleur patriotique, écrit à Jean de Müller que la mort ne lui

1 L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Coppet et Weimar. Mme de Staël à la duchesse Louise, 125, Vienne, 8 avril ; 150, Coppet, 13 septembre 1808.

2 Mémoire sur le papier-monnaie dans les Etats autrichiens , et des moyens de le supprimer, Weimar, 1810.

semblait plus à craindre. En 1807, lorsqu'il apprit la défection de cet ami dans le camp napoléonien, Gentz indigné rompit tout commerce avec lui. Sa respectueuse admiration se reporta sur le baron de Stein, qui, partant d'un ordre d'idées analogues à celles de Turgot, mais plus heureux que lui, avait cherché et trouvé dans l'affranchissement du sol, dans l'établissement du self-government local et dans l'affermissement du pouvoir monarchique, comme premier garant de la future unité nationale, le contrepoids aux puissances révolutionnaires. Seulement, Gentz n'était pas fait du même granit que le ministre réformateur des jours de Kœnigsberg. Sa sympathie pour le romantisme et son horreur de la Révolution préparaient déjà chez lui le terrain aux idées réactionnaires de plus tard. Gentz n'a jamais été un initiateur dans le domaine de la pensée ; son besoin d'appui intellectuel fut satisfait pendant des années par un homme qu'il se vantait d'avoir formé, bien que le disciple eût depuis longtemps dépassé le maître ,. C'était Adam Müller, qu'il recommandait à ses amis comme « un des premiers hommes de ce temps et de tous les temps 2 ». La doctrine de l'Etat chrétien d'après Müller, qui rappelle Bonald, mais exagéré jusqu'au fantastique, a été définie « comme célébrant dans le Saint Empire romain l'achèvement de la

1 * G. Schlesier, Correspondance entre Gentz et Jean de Müller, 198.

2 * G Schlesier, Frédéric* de Gent%. Lettres et notes confidentielles. 123 et 3*2.

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