‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 136 sur 341 · CHAPITRE TROISIEME 27 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME 27 I

lettre à Rahel d'une façon aussi injuste que dépourvue de goût et bien faite pour enseigner une fois de plus aux femmes à se défier des hommages du genre de ceux de Gentz1.

Selon son habitude, Mm- de Staël voulut ignorer les caprices de cette nature variable ; quand Gentz vint à Paris, en 1815, avec son ami Adam Müller, tous deux la retrouvèrent la même à leur égard. Elle n'a pas mentionné plus tard et peut-être n'a-t-elle pas su que le spirituel original, tant surfait par Gentz, agitait déjà dans sa tête, en 1808, l'idée d'une ligue de tous les Etats sur une base religieuse, d'où est sortie en partie la Sainte- Alliance 2.

De Dresde Mme de Staël continua son chemin vers Weimar, d'où Henriette de Knebel mandait son arrivée à son frère. « Elle a fait son entrée ici avant-hier» , écrivait-elle le 10 juin ; « hier dans l'après-midi nous l'avons vue ; le soir elle avait à écrire. Elle est devenue un peu plus silencieuse, comme il convient aux temps où nous sommes. Quant à M. Sismondi et aux autres personnes qui accompagnent Mma de Staël, je ne les ai point encore vus. J'ai emprunté à la Bibliothèque Y Histoire des Républiques italiennes de Sismondi, dont Wieland m'afait un éloge extraordinaire 3.

* * G. Schlesier, Frédéric de Gentz. Lettres et notes confidentielles, 176, 15 juin 1814.

* * A. H. Müller, Eléments de la science politique , Berlin, 1809. — * R. de Moni, Histoire et littérature des sciences politiques, I, 254.

8 * H. Düntzer, Correspondance de Knebel avec sa sœur

Les quelques années écoulées depuis 1804 avaient suffi pour opérer beaucoup de changements, même dans ce tranquille Weimar. Le 10 avril 4807, l'aimable et spirituelle duchesse Amélie avait suivi son ami Schiller dans la tombe. Au noble témoignage de Goethe, « elle était de celles que nous invoquions dans la vie comme une protectrice et un appui, et qui maintenant force les regards à se lever vers elle, comme vers une créature parfaite et bienheureuse». Mais dans la capitale de la Thuringe la mort seule n'avait pas éclairci les rangs et assombri les âmes. De même que Iéna, Weimar portait les traces encore toutes fraîches de la dévastation et du pillage de 1806. Son chevaleresque souverain avait été condamné à entrer dans la confédération du Rhin, et une exorbitante contribution de guerre de 2.200.000 francs avait été le châtiment de sa fidélité à la cause nationale *■

« C'est une tâche grande et sainte » , écrivait, sous l'oppression de cette défaite de l'Allemagne, le poète de Hermannet Dorothée, « de rester unis en esprit, afin de préserver au moins avec un soin jaloux, dans la ruine générale, le palladium jusque-là inviolé d£ notre littérature, et d'empêcher que celui dans la main duquel repose actuellement le destin perde Festime à laquelle nous l'avons forcé par notre supériorité intellectuelle s » .

1 * R. Keil, Gœtke. Weimar et Iéna, 1806, 21-47 et 154. — * H. Luden, Coup d' œil rétrospectif sur ma vie: La bataille d'Iéna.

2 * R. Keil, Gœthe. Weimar et Iéna, 1806, 152. Gœthe à pernow, 7 janvier 1807.

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