‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 152 sur 341 · CHAPITRE QUATRIÈME 3o · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME 3o

et plus encore des justifications qu'il était sans cesse obligé d'y opposer.

Ils se revirent à Goppet pendant l'automne de 4805. « Monti y arrive », remarque Benjamin Constant ; « il a une superbe figure douce et fière. Ses déclamations en vers sont très remarquables. C'est un véritable poète, fougueux, emporté, faible, timide, mobile, le pendant de Ghénier en italien, quoiqu'il vaille mieux que Ghénier. Le soir, j'ai une scène épouvantable avec Mmede Staël. J'annonce une rupture décisive. Deuxième scène. Fureur, réconciliation impossible, départ difficile. Il faut me marier !... M™ de Staël ma reconquis » .

Ici d'autres informations viennent compléter le récit du Journal intime. Pendant cet hiver de 1805, que Benjamin Constant avait passé à Paris, il s'était informé auprès de sa cousine Rosalie de ce qu'il y avait de vrai dans les bruits qui couraient au sujet de Mme de Sta^l en Italie et qui la disaient « distraite par un autre objet d'intérêt ». D'un autre côté, Coulmann, et Sainte-Beuve sans indication plus précise quant au temps où cela se passait, parlent d'une tentative d'empoisonnement faite par Benjamin Constant à Coppet, pendant la nuit. Tout le château fut réveillé, mis en émoi, à l'exception de Matthieu de Montmorency, que l'on trouva à genoux au bord de son lit. « M. de Constant s'est empoisonné», lui cria-ton. «11 faut chercher un médecin», répondit-il, et il continua sa prière .

Il est probable que cette scène eut lieu pendant ce même été de 1805 à la suite duquel Benjamin

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Constant suivit Mm0 de Staël à Genève et de là à Auxerre. « Car, raconte le Journal intime, la plus grande émotion de ma vie est le besoin d'aimer ; je dois le satisfaire à tout prix » .

A Auxerre se déroule l'épisode qui prépara le dénouement de ce drame intime, et dont l'héroïne fut la future Mme de Constant Son nom reparaît pour la première fois dans une lettre de Benjamin à sa cousine Rosalie, datée de Paris, le 14 novembre 1800. «La seule chose que je voudrais savoir» , dit-il, « c'est ce qu'est devenue une Mme de Mahrenholtz ou de Hardenberg, qui doit avoir trente-un ans, et si Victor (un parent) l'a vue et si elle lui a parlé de moi » . Mlle de Constant ayant donné le renseignement qu'on lui demandait, son cousin reprend : « J'ai été très piqué de ce que vous m'avez mandé relativement à une dame qui m'a fort intéressé autrefois. Il faut avoir bien de la légèreté dans la tête et bien de l'insensibilité dans le cœur, pour que sept petites années suffisent pour faire oublier de la sorte quelqu'un dont on n'est séparé que de vingt-cinq lieux * ». Après cette lettre, le nom de Mme de Mahrenholtz retombe dans l'oubli jusqu'en 1804. A cette date, le Journal intime mentionne une lettre d'elle, dans laquelle elle se plaint d'avoir une seconde fois sacrifié sa liberté, et cela pour le général Dutertre, auquel Benjamin Constant se hâte d'appliquer l'épithète : Quel sot !

Bientôt après il la rencontra et resta indifférent, jusqu'à ce qu'il la revît à Paris en 1806. Elle était

1 J. H. Menos, Lettres de Benjamin Constant à sa famille, 175-176.

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