‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 165 sur 341 · CHAPITRE QUATRIEME 32g · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME 32g

de Gœthe et des scènes de Faust. Sabran donna lecture du Wallenstein de Benjamin Constant. Guillaume Schlegel de sa traduction du Richard III de Shakespeare. Genevois et étrangers étaient conviés à ces réunions littéraires ; quelques-uns y prenaient une part active, les autres formaient l'auditoire.

De ce nombre étaient le comte de Kotschubey, ancien favori et ministre de l'empereur Paul de Russie, €t le baron de Voght, riche négociant et philanthrope danois, dont le nom revient fréquemment dans les souvenirs de ses compatriotes *. On vantait la beauté de sa résidence d'été de Flottbeck, dont l'accès était librement ouvert à ses amis. La direction intelligente imprimée par lui à l'établissement de bienfaisance qu'il avait fondé à Hambourg, lui valut de la part de Gerando l'éloge que l'assistance publique sous le premier Empire avait été organisée d'après les idées de Voght2. Un séjour de plusieurs années à l'étranger l'amena, en automne, à Genève. Le vif intérêt qu'il portait à l'art, à la science et à la littérature, aurait suffi pour assurer à « l'Alcibiade de l' Allemagne du Nord », comme on le nommait dans sa patrie, l'accueil le plus empressé de la part de Mme de Staël. Sa qualité d'ami de Mme Récamier aurait suffi du reste pour le lui assurer. Mme de Staël lui sembla bientôt un « ange envoyé du ciel pour révéler la

1 * Tableaux du passé, 1™ partie : Vie de Piler Poel et de ses amis, chap. 2. — * Rist, Souvenirs, 148.

2 * Ibid., 2« partie : Tableau de la vie de K. Sieveking, 2« partie, 32.

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bonté sur la terre * »..Ses relations avec elle l'enchaînèrent pour les années suivantes à Coppet, ou à Genève, où ses efforts philanthropiques réveillèrent chez les femmes surtout, en particulier chez Mme Rilliet-Huber, qui s'occupait des mêmes questions, le plus vif intérêt.

Dans la jeune génération de Genève, Mme de Staël comptait un autre ami : c'était Guillaume Favre, alors âgé de trente ans, un élève de Lavoisier, qui, avec tous les avantages de la position, de la fortune et d'une personnalité attrayante, cultivait l'étude par amour d'elle-même, et que Mme de Staël nommait « mon érudit ». Favre savait quantité de choses sur toutes sortes de matières. Un jour, entre autres, que Schlegel et Benjamin Constant discutaient ensemble assez vivement sur l'ordre de succession des princes de Salerne, Mme de Staël lança Favre, qui venait d'arriver, comme arbitre au milieu de la querelle. 11 n'eut pas su plus tôt de quoi il s'agissait, qu'il leur prouva qu'ils se trompaient tous les deux. « Il n'y en avait peut-être pas alors un autre que lui », conclut Sainte-Beuve, qui conte l'anecdote, « pour être si ferré à l'improviste sur la succession des princes de Salerne2 ».

Zacharias Werner faisait encore partie de cette société, quand le théâtre d'amateurs de Coppet fut rouvert et qu'on donna La Sunamite, scène bibli-

1 L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Mme Hccamier et lex amis de m jeunesse, 59. Le baron de Voght à Mme Récamier, Sècheron, 23 septembre (1808).

8 Sainte-Beuve, Guillaume Favre. Causeries du Lundi, XIII, 236.— Guillaume Favre, Mélanges d'histoire littéraire, préface.

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