‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 166 sur 341 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

que composée par Mme de Staël'. Le rôle du prophète Elisée, qui châtie la vanité de la mi re par la mort de sa fille, qu'il rappelle plus tard à la vie, échut à Benjamin Constant. Mme Rilliet-IIuber, Mmede Staël et sa fille âgée de douze ans représentèrent la Sunamite, sa sœur et son enfant, « avec une incroyable génialité », au dire de Zacharias Werner, et émurent les spectateurs jusqu'aux larmes2. Plus tard, de 1809 à 1811, furent écrites et représentées à Genève des pièces comiques de circonstance, entre autres La signora Fantastici, que Mme de Staël composa en vue d'égayer une de ses amies gravement malade, Melle Amélie Fabri. A en croire une de ses lettres à Meister, cette innocente occupation elle-même donna lieu à des commentaires défavorables. Parce que, dans la pièce, un Anglais et un Allemand parlaient français chacun avec son accent, et qu'un Français bégayait, tout cela pour divertir les spectateurs, on raconta en Suisse que Mme de Staël avait voulu tourner en ridicule les patois en usage clans ce pays. « Comment vous êtes- vous imaginé que je faisais une comédie sur Berne et Zürich », écrivitelle à son vieil ami, quand ce bruit parvint à ses oreilles. « Dites-moi donc si cela ne sert à rien d'avoir trente-six ans, tout triste que ce'a est, et si vous n'êtes pas en état de rëpondre de moi. Certes ce n'est pas à ces innocentes villes que je m'attaquerais si je voulais faire de la satire, j'irais plus haut » .

* Mm« de Staël, Œuvres complètes, XVI, 83. 2 * Schütz, Biographie et caractéristique de Zacharias Werner, I, 146 et sqq.

Dans la même lettre elle parle de son désir d'écrire un jour sur une terre libre la vie politique de son père. « Le temps est passé » , dit-elle à propos d'anciens projets littéraires, « où l'ennui était le plus grand mal i ».

La série des essais dramatiques de Mme de Staël se ferma sur une Sapho, qui attend sur le rivage de la mer, non loin du temple d'Apollon, l'infidèle Phaon. 11 revient, non pour elle, mais à cause d'une jeune fille qne Sapho chérit comme sa propre enfant. Cette jeune fille veut se sacrifier pour celle qui lui a tenu lieu de mère. Ce n'est que lorsque Sapho lui demande de faire le bonheur de Phaon, que son secret lui échappe : « Ah ! s'écrie la femme abandonnée, mon malheur me reste encore ; il me reste à moi seule ; c'est l'unique souvenir que tu ne puisses effacer dans le cœur de Phaon ». Et pendant la fête nuptiale elle se précipite dans les flots, afin de ne point survivre à son amour. Sapho est la dernière production purement poétique de Mme de Staël, comme un écho lointain de l'inspiration d'où naquit Corinne.

Dans l'automne de 1808 le sculpteur Frédéric Tieck, un frère du poète, vint à Coppet et modela le buste de Mme de Staël, dont elle fit présent à la duchesse Louise 2. Il est placé aujourd'hui dans la Bibliothèque

1 Mme de Staël à Meister, Goppet, 2 janvier 1809. Lettres inédites en possession de M. le docteur Th. Reinhart. (Dans les Œuvres complètes on assigne faussement à la Signora Fantastici la date de 1811).

5 L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Coppet et

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