‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 168 sur 341 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

« plus remarquable que de Maistre », est mieux partagé : « C'est un homme de beaucoup d'esprit, mais qui a appris à penser trop tard et qui, par conséquent, a de grandes lacunes dans les idées, Il prend aussi des idées déjà depuis longtemps connues pour des découvertes ». Camille Jordan et sa femme sont « des provinciaux ridicules ».

Et Sismondi lui-même, qui ne connaissait aucun sentiment comparable à l'amitié qui l'unissait à Mm8 de Staël, avait cependant des moments où il l'accusait de n'être pas moins accessible que Bonaparte aux flatteries et aux hommages, d'avoir adopté quelques-uns de ses défauts, l'intolérance à l'égard de la contradiction, l'aigreur dans la dispute, l'incapacité de se mettre à la place des autres. Au lieu d'être supérieure aux flatteries, dit-il, elle se complaît dans la contemp^tion de son propre mérite ' .

On n'en restait pas toujours aux objections et aux escarmouches oratoires. Guillaume Schlegel se refusant un jour à monter un cheval ombrageux, Benjamin Constant s'élança dessus pour lui faire honte et fut, à la satisfaction des assistants, déposé dans un fossé. Mais Schlegel, de son côté, n'était pas commode. Il aimait la discussion, et Bonstetten, celui de tous qui s'entendait encore le mieux avec lui, trouvait son français-allemand « si drôle, mais en même temps si effectif, qu'en moins de dix minutes l'adver-

1 Sismondi, Fragments de son Journal et Correspondance, 70-73.

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»aire était désarmé ». Celui-ci persistait-il dans son opinion, Schlegel se fâchait et prenait très mal la chose1. Après douze années de commerce intime avec lui, le doux Sismondi, qui le traite un jour de « pédant présomptueux », fait l'aveu qu'il aime tous les membres de la société de Coppet, quoique à des degrés différents peut-être, à la réserve du seul Schlegel. « Avec celui-ci, nous avons tant de points d'opposition et de mésintelligence, que la plus longue et la plus intime habitude entre nous ne peut pas prendre le nom d'amitié2». Vaniteux et susceptible, Schlegel mit la patience de Mm§ de Staël à de rudes épreuves. Bien qu'elle le traitât avec tous les égards imaginables et tout à fait en ami, il trouvait nécessaire de changer de ton en présence des étrangers et de l'appeler, contre son habitude, « ma chère amie ». Sa belle-sœur, Dorothée Weit -Schlegel, <}ui, de loin, se trompait du reste sur la nature de la position de son beau-frère dans la maison de Mme de Staël, écrit un jour : « Combien de femmes n'ont-elles pas déjà fait l'éducation de Guillaume! A dire vrai, il ressemble à un ressort qu'on comprime tantôt dans un sens tantôt dans l'autre 1 ». Ce jugement était malheureusement trop vrai. On affirme qu'à Bonn, lorsqu'il se trouva abandonné à lui-même, Schlegel se rendit coupable envers la mémoire de Mm0 de Staël de torts

1 * Bonstetten, Lettres à Friderike Brun, 1,218, Coppet, 11 juin 4804.

2 Saint-René Taillandier, Lettres inédites, etc., 277. Sismondi à Mme d'Albanv.

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