‹ Madame de Staël et son temps (volume 2)Chapitre 175 sur 341 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

ce qu'il eut signé l'acte d'abdication aux termes duquel la couronne de Suède passait, après la mort du roi actuel Charles XIII, au duc Christian -Auguste de Schleswig. Banni et fugitif, l'infortuné Gustave-Adolphe IV chercha un refuge auprès de la famille princière de Bade, à laquelle appartenait sa femme. De là, il se rendit à Bâle, en Suisse. Mm* de Staël avait demandé au jeune monarque à plusieurs reprises, mais toujours inutilement, de vouloir bien régler la situation financière du baron de Staël. Le roi n'en fit rien et refusa même de recevoir les fils de son ancien serviteur, que leur mère avait désiré lui présenter à Carlsruhe, en 4803 *. Maintenant que le malheur rapprochait d'elle l'héritier de Gustave lit, tous ces anciens griefs furent oubliés. La duchesse Louise de Saxe -Weimar était une sœur de la margrave de Bade et par conséquent la tante de la reine de Suède. Ce fut à elle que s'adressa Mme de Staël pour offrir à l'infortuné couple royal le château de Coppet. Nulle part, disait-elle, il ne leur serait témoigné plus de respect et de dévouement. En cas d'acceptation, elle se proposait d'aller habiter avec les siens une maison de campagne qu'elle possédait dans le voisinage. Son père, ajoutait-elle, aurait agi de même 2. Cette offre fut

1 M"" de Staël à Nils de Rosenstein, 17 novembre 1803 ; au roi Gustave-Adolphe IV, Genève, 23 mars 1803. Lettres inédites appartenant à la bibliothèque de l'Université d'Upsal.

s L'Auteur des Souvenirs de Mme Récamier, Coppet <et Weimar, 157-159. Mme de Staël à la duchesse Louise, Coppet, 26 novembre 1809.

déclinée avec reconnaissance, et rien ne s'opposa plus au départ pour la France.

11 fallait cinq jours pour aller en chaise de poste de Coppet à Paris. Mme de Staël se mit en route dans les premiers jours de mars et se rendit au château de Chaumont-sur-Loire, qui n'était pas trop éloigné de la capitale, et où elle comptait faire un court séjour. Depuis janvier elle était munie, pour elle et son fils aîné, de passeports pour les Etats-Unis, qui pouvaient être utilisés à tout instant. Son dessein rtait de se rendre en Angleterre par l'Amérique. A ce point de sa carrière elle reprit le récit de Dix années d'exil, interrompu depuis 1804 et qu'elle continua jusqu'à son arrivée en Suède, en 1813, pour l'abandonner malheureusement sans retour à partir de cette date. *

Le château de Chaumont, qui a été rendu de nos jours à son ancienne splendeur, est doublement intéressant, au point de vue de l'art comme à celui de l'histoire. Le cardinal d'Amboise, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis et Nostradamus l'ont successivement habité. Situé sur une colline de la rive gauche de la Loire, les créneaux de ses tours gothiques dominent la vaste plame verdoyante, où alternent moissons et vignobles, forêts et habitations, et Ton peut suivre du haut de ses terrasses le cours du fleuve qui parcourt les plus fertiles campagnes de France. Mme de Staël passa là quelques jours tranquilles en compagnie de Matthieu de Montmorency, de Mme Récamier, des deux ßarante, qui étaient venus la rejoindre, et de Guillaume Schlegel, qui

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